Abbé A. : mêlé à une affaire de pédophilie dès sa première année de sacerdoce

Suisse, l’abbé A. (mention censurée par la FSSPX) est un pur produit du milieu traditionaliste du Bas-Valais. Sa mère, née L. (mention censurée par la FSSPX), est en effet la fille de feu maître L. (mention censurée par la FSSPX), ancien procureur du Bas-Valais, un des laïcs à l’origine de l’achat des bâtiments d’Écône. Par ailleurs, son oncle l’abbé L. (mention censurée par la FSSPX) est un prêtre emblématique de la FSSPX suisse. Autant dire qu’il est issu d’une véritable « dynastie » du traditionalisme valaisan. Par ailleurs, sa famille est par la force des choses très proche de celle de Mgr Fellay, puisque ce dernier a grandi à Riddes, le village dont fait partie le hameau d’Écône.

Ordonné prêtre en juin 2004, l’abbé A. (mention censurée par la FSSPX) est tout d’abord envoyé en Argentine, dans l’école de l’enfant Jésus, à La Reja, dans la province de Buenos Aires. D’après la version officielle, son tempérament se révèle mal adapté aux réalités argentines, si bien qu’il est muté. Mais la manière est bien étrange : son départ est commandé par des raisons si impérieuses qu’il doit quitter l’école de toute urgence peu avant Noël, sans même attendre la fête de clôture de l’année scolaire (les grandes vacances australes commencent à Noël). Il est alors éloigné de l’Argentine, d’abord en Colombie (mesure de première urgence de l’abbé Bouchacourt, chaque supérieur de district disposant librement sur son territoire des prêtres qui lui sont confiés), puis il suit en à peine quelques mois un parcours étrange et tortueux : Madrid, Flavigny, St.-Nicolas du Chardonnet, le tout de façon officieuse, sans que ces mutations soient signalées dans le « Cor unum ». Curieux qu’on ballade ainsi de façon officieuse, systématiquement dans des postes sans contact avec des enfants, un individu dont le seul problème est, paraît-il, d’être inadapté à la mentalité argentine.

En juillet 2005, l’abbé A. (mention censurée par la FSSPX) participe à un camp d’été dans la commune d’Evolène (Valais) et est accusé de faits de pédophilie par la famille d’un des garçons. S’ensuit un procès « canonique » au sein de la FSSPX, où le juge, Mgr Tissier de Mallerais, l’acquitte en juin 2006, estimant les preuves insuffisantes. Néanmoins, le tribunal estime les faits suffisamment troublants pour lui imposer une mesure disciplinaire peu banale : interdiction pendant 10 ans d’être en contact avec des enfants. Qu’une pareille décision soit imposée signifie que, dans l’esprit du juge, l’acquittement était sans doute dû plus à une insuffisance de preuves qu’à l’innocence de l’accusé. En d’autres termes, on a estimé que la circonspection était de mise vis-à-vis d’un individu fortement suspect, qui devait rester sous surveillance.

Oui… mais seulement 2 mois plus tard (août 2006), Mgr Fellay nomme ce même abbé A. (mention censurée par la FSSPX) à Bruxelles, un prieuré qui abrite sous le même toit une école primaire et même un dortoir !! C’est ça, éviter d’être en contact avec des enfants pendant 10 ans ?? « Bien sûr », Mgr Fellay signale son interdiction en écrivant à l’abbé Jürgen Wegner, un Allemand, alors prieur de Bruxelles. En conséquence, l’abbé Wegner écarte A. (mention censurée par la FSSPX) des apostolats avec des enfants : dans sa lettre de district de 09/2006 il écrit : « l’abbé Abbet m’assistera pour de nombreuses tâches administratives ». Seul hic, le Pater Jürgen est forcé de passer plus de la moitié de son temps hors de Bruxelles, puisqu’il est également supérieur non pas d’1 pays mais de 3 ! Il est supérieur du district de Benelux. À nous Français, la taille de ces trois petits pays peut paraître ridicule mais, si on regarde les chiffres, on s’aperçoit que le Benelux (75 000km²) est plus grand que la Bretagne et la région PACA réunies. Ce n’est pas négligeable, et le supérieur d’un tel ensemble ne peut évidemment pas rester en permanence au prieuré dont il est également supérieur local. Cela, Menzingen, qui a créé ce district de 3 pays, le savait évidemment. En d’autres termes, la maison généralice confiait sciemment au supérieur du Benelux une mission impossible : tenir à l’œil A. (mention censurée par la FSSPX). Mais, bien sûr, selon une habitude cléricale bien établie, en cas de nouveau « dérapage » de ce prêtre il serait toujours possible de montrer la lettre d’instructions et de dire : « ce n’est pas la faute de Menzingen ; des instructions avaient été données au supérieur de Bruxelles ». La lâcheté mitrée est une longue tradition dans l’épiscopat.

Faut-il ensuite s’étonner de ce qui arrivé ? En 2011 l’abbé A. (mention censurée par la FSSPX) est accusé de « attentats à la pudeur avec violences ou menaces » sur plusieurs enfants de nationalités néerlandaise et française de l’école FSSPX de Bruxelles, située au même endroit que le prieuré, dans la Rue Eendracht. Mode opératoire décrit par les plaignants : sucer le pénis des petits garçons. Et qu’on ne vienne pas nous reprocher d’écrire des choses choquantes : ce qui est choquant, ce sont ces actes ignobles, pas le fait de les dénoncer ! Au contraire, il est utile que les parents soient au courant que ces choses existent dans le « milieu tradi » et qu’il faut être sur ses gardes. En tout cas, Mgr Fellay peut être fier : il a mis délibérément en danger des dizaines d’enfants. Entretemps, l’abbé Jürgen Wegner avait été remplacé par l’abbé Benoît Wailliez et ce dernier, également supérieur de 3 pays, ne pouvait passer tout son temps à Bruxelles. Comme son prédécesseur, il lui était impossible de tenir en permanence à l’œil l’abbé A. (mention censurée par la FSSPX).

Plusieurs enfants de l’école témoignent contre le prêtre valaisan et un procès pénal se tient en Belgique en 2014. Là encore, l’abbé A. (mention censurée par la FSSPX) est acquitté pour insuffisance de preuves. On se demande bien ce qu’il faut pour faire condamner un suspect de pédophilie : lui demander poliment s’il accepte d’être suivi par une caméra pour qu’il y ait « suffisance de preuves » ? En tout cas, appel a été interjeté et on attend un nouveau procès.

Ce qui soulève bien des questions, c’est le comportement de la FSSPX. D’un côté, quand Mgr Fellay écrit en avril 2012 à une des familles, il tient pour certaine la culpabilité de son compatriote : « Qu’il soit prêtre et ait pu accomplir des actes aussi ignobles sur des enfants nous remplit de honte », puis il offre son soutien : « Même si quelques mots ne sauraient effacer le mal causé […], ces lignes veulent vous accompagner dans cette épreuve et vous dire combien nous voudrions mieux vous aider ». Mais en fait d’aide, les familles ne verront rien arriver. Au contraire, la maison généralice aussi bien que le prieuré de Bruxelles cachent aux familles des informations qui, si elles avaient été connues, auraient probablement évité aux familles de perdre leur procès en première instance. Les parents ne sont pas informés du passé trouble de A. (mention censurée par la FSSPX) en Argentine et en Suisse. On se garde bien de leur dire que l’abbé A. (mention censurée par la FSSPX) envoyait régulièrement de l’argent en Amérique latine… « pour des enfants et leurs familles ». Vous pensez bien : connue à temps, une information pareille aurait pu orienter l’enquête. Par ailleurs, rien n’a été entrepris pour creuser la piste suivante: l’année précédant les événements qui ont fait l’objet d’une plainte pénale, l’abbé A. (mention censurée par la FSSPX) venait déjà souvent dans le dortoir du pensionnat (tout en ayant interdiction « stricte » d’être en contact avec des enfants!) et passait de lit en lit pour « parler » avec les garçons. Un de ces écoliers a commencé, quelques mois plus tard, à se toucher les parties génitales en public. Confrontés à ces informations, les parents de cet élève ont réagi par un déni total et, face à une situation aussi suspecte, ni le siège du district ni la maison généralice n’ont cherché à creuser! Peur de trouver?… Plus encore: comme l’abbé A. (mention censurée par la FSSPX) avait exercé son ministère en partie à Namur, certains parents bruxellois ont manifesté le désir de prendre contact avec des parents namurois pour voir si rien de bizarre ne s’était passé là-bas. Menzingen les a rassurés sur l’air de: « N’en faites rien, nous nous en chargeons ». Or ces parents bruxellois se sont rendu compte par la suite qu’aucune recherche n’avait été menée à Namur. Faut-il s’étonner ensuite que les familles se sentent trompées? Pourquoi agir ainsi s’il n’y a rien à cacher? La FSSPX aurait-elle peur que ces pistes fassent progresser l’enquête?

Encore plus choquant : à chaque audience du procès A. (mention censurée par la FSSPX), Mgr Fellay a envoyé à Bruxelles son secrétaire particulier Raphaël Granges, qui accompagne l’abbé A. (mention censurée par la FSSPX) jusqu’à l’entrée du palais de justice, puis s’éclipse. Pourquoi se cacher ainsi ? Oui, se cacher car quand l’abbé Granges vient à Bruxelles, il ne rencontre pas les familles des enfants victimes, il ne loge même pas au prieuré FSSPX, et il vient en civil. En revanche, il est en grande conversation avec l’abbé A. (mention censurée par la FSSPX). Après ça, on nous dira que Menzingen est blanc comme neige et n’a rien à cacher… Cessons de prendre les gens pour des demeurés : quelqu’un qui n’a rien à cacher agit autrement. « Celui qui agit avec droiture vient à la lumière pour que tous voient que ses œuvres sont de Dieu » (Jean 3, 20).

Bref, Mgr Fellay envoie donc en grand secret son bras droit à Bruxelles à chaque audience du procès, pour parler avec l’accusé A. (mention censurée par la FSSPX) et s’éclipser ensuite sous le déguisement de sa tenue civile (l’abbé Granges étant un personnage peu public et peu connu, il espérait manifestement ne pas être identifié en venant sans soutane). Qui plus est, il est crucial de savoir que l’abbé Granges a exercé dans un cabinet d’avocats avant d’entrer au séminaire. Et, comme par hasard, il est natif de Riddes, le village où se trouve Écône et, comme les A. (mention censurée par la FSSPX) et les Fellay, sa famille fait partie du « club » des familles tradi du Bas-Valais. Et avec ça, Mgr Fellay prétendra sans doute que son secrétaire particulier ne fournit pas d’aide juridique à l’abbé A. (mention censurée par la FSSPX) pour être acquitté ? Est-ce bien le même Fellay qui écrivait aux familles : « Nous voudrions mieux vous aider » ?…

Par ailleurs, il faut se pincer quand on voit qui est l’avocat de A. (mention censurée par la FSSPX) : maître Kennes. C’est un des plus grands avocats de Belgique, financièrement inabordable pour toute personne « normale ». Qui paie donc les honoraires de maître Kennes ? Mais surtout, il faut savoir que maître Kennes est le n°2 du cabinet Uyttendaele. Marc Uyttendaele est un équivalent belge de maître Vergès : probablement la plus grosse pointure de tous les avocats du royaume. Décidément, dans la FSSPX on ne lésine pas sur les moyens pour faire acquitter ses prêtres ! Bien sûr, en parallèle, on se garde bien d’aider les familles à s’offrir un avocat du même format. Mais ça n’empêche pas les belles paroles adressées aux parents : « Nous voudrions mieux vous aider ». Ensuite, ah, quel dommage, les parents ont perdu en première instance.

Avec cela, il n’est pas surprenant que les familles des enfants aient perdu confiance en Mgr Fellay. Au début du scandale, certaines d’entre elles le croyaient pourtant les yeux fermés et se scandalisaient qu’on puisse mettre en doute sa parole. Quatre ans plus tard, les familles ont déchanté. Certaines, écœurées, sont enclines à jeter l’éponge. Seul un couple de parents veut encore y croire et tente vaille que vaille de conserver un dialogue ténu avec Mgr Fellay.

Revenons sur la personnalité de maître Uyttendaele, avec qui maître Kennes co-dirige un cabinet commun. Marc Uyttendaele est un personnage peu recommandable pour un catholique, a fortiori pour un prêtre : mari de Laurette Onkelinx, la Ségolène Royal belge, cet avocat use de la fonction de sa femme pour « faire du shopping » dans les ministères et mairies belges, pour obtenir un maximum de « marchés », c’est-à-dire obtenir de juteux dossiers de litiges, nombreux dans les administrations. Comme la déontologie ne l’embarrasse guère, il a été mêlé à plusieurs scandales à ce sujet.

Choisir pour sa défense le cabinet d’un pareil personnage, c’est en dire long sur sa propre moralité : « dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es ». De plus, maître Uyttendaele est professeur à l’ULB, une université belge notoirement d’identité maçonnique. Socialiste, comme nous l’avons vu, il se double d’un laïcard « bouffeur de curés » (sauf, curieusement, quand le « curé » en question est accusé de pédophilie). Comment un prêtre peut-il s’adresser au cabinet d’un pareil individu ? C’est un scandale au sens évangélique, une cause de chute pour les âmes. Curieusement, Mgr Fellay, qui avait donné ordre à Mgr Williamson de récuser son avocat, « cause de scandale », ne trouve rien à redire au cabinet choisi par l’abbé A. (mention censurée par la FSSPX). Deux poids, deux mesures…

Visiblement, l’abbé Granges, le secrétaire-juriste de Mgr Fellay, a fort à faire quand il vient secrètement à Bruxelles. C’est que les enjeux sont élevés pour la FSSPX : si l’abbé A. (mention censurée par la FSSPX) est acquitté en appel, il sera réputé innocent et Mgr Fellay ne pourra être inquiété pour mise en danger délibérée des enfants (avoir placé un personnage hautement suspecté de pédophilie sous le même toit qu’un pensionnat). Et l’abbé Wailliez, qui n’a rien fait quand une mère de victime lui a fait part de soupçons très spécifiques de pédophilie au sujet de l’abbé A. (mention censurée par la FSSPX), pourra également dormir sur ses deux oreilles. En d’autres termes, si l’abbé A. (mention censurée par la FSSPX) est innocenté en appel, ce sont aussi les supérieurs général et belge de la FSSPX qui seront « lavés ».

D’ailleurs, même si l’appel aboutissait à une condamnation du Valaisan, il faut savoir que l’abbé Waillez a été muté au Sri Lanka cet été 2015. Par hasard, très loin de l’Europe et quasi hors de portée de coopération judicaire. On comprend donc que Mgr Fellay mette à la manœuvre son secrétaire particulier-juriste. En revanche, on comprend moins bien pourquoi alors, en 2012, il ne mettait pas en question la culpabilité de l’abbé A. (mention censurée par la FSSPX) et promettait aux familles de les aider. « Words, words, words », disait Shakespeare. Les actes pèsent plus lourd que les paroles.