Abbé P. : un prédateur en liberté depuis près de 30 ans ?

Dans une lettre de juillet 2002 à Mgr Fellay, l’abbé P. (mention censurée par la FSSPX) reconnaît lui-même des faits de mœurs datant d’au moins 1986. La FSSPX a beau jeu de se dédouaner en disant qu’il n’est plus dans ses rangs mais il y a été jusqu’à l’été 2014 et en est sorti de son plein gré, sans en avoir jamais été exclu. Cela alors que, pendant quasi 30 ans, de multiples accusations crédibles de pédophilie ont été portées à son égard. En d’autres termes, la passivité des supérieurs de la FSSPX à l’égard de cet individu soulève de multiples questions.

Actif dans les mouvements de jeunesse dès avant son ordination sacerdotale, l’abbé P. (mention censurée par la FSSPX) n’est pas difficile à pister : comme dans un jeu scout, il suffit de suivre sa trace, à savoir en l’occurrence les accusations de pédophilie qui s’élèvent partout où il passe : Riaumont, Bruxelles, Namur, Reims, Lourdes, Mantes-la-Jolie… Certes il existe un principe de présomption d’innocence mais, quand un individu est accusé de faits du même type en de multiples endroits, par des personnes qui ne se connaissent pas, et ce sur de longues années, les soupçons deviennent très lourds. Dans ce cas, tout supérieur un tant soit peu responsable ouvre une enquête approfondie et, à titre de précaution, écarte l’intéressé de tout ministère avec des enfants. Qu’il n’en ait pas été ainsi est d’autant moins explicable que, comme nous le disions ci-dessus, l’abbé P. (mention censurée par la FSSPX), avait déjà avoué des faits de pédophilie à l’abbé Schmidberger (supérieur général de 1982-1994).

Alors, négligence caractérisée ou complicité ? En tout cas, l’attitude de la hiérarchie de la FSSPX est tout bonnement scandaleuse. L’abbé Aulagnier, alors supérieur du district de France, a laissé l’abbé P. (mention censurée par la FSSPX) prendre ses fonctions en 1993 à Conflans-Pontoise et s’occuper des mouvements de jeunesse alors qu’il était informé de plusieurs plaintes de pédophilie. Il a qualifié la mère d’une des victimes de « vieille folle ». Il faut dire que l’abbé P. (mention censurée par la FSSPX) est un de ses grands amis. Ou comment couvrir « les copains » même dans des affaires gravissimes. Songeons aussi au comportement de l’abbé Schmidberger : pendant son supériorat général (1982-1994), il avait usé suite à une dénonciation des termes les plus virulents pour interdire ad vitam à l’abbé P. (mention censurée par la FSSPX) de continuer à exercer un apostolat dans les mouvements de jeunesse… pour lever lui-même sa propre interdiction quelques semaines plus tard ! Comment l’abbé Schmidberger expliquera-t-il cette capitulation aux jeunes qui se sont plaints d’actes pédophiles de la part de l’abbé P. (mention censurée par la FSSPX) ?

Quant à Mgr Fellay, c’est encore pire : il a sabordé la seule tentative sérieuse de barrer la route à cet individu. En effet, l’abbé Laurençon, supérieur du district FSSPX de France de 1996 à 2002 avait, lui aussi, estimé crédibles les accusations d’abus sexuels sur mineurs à l’encontre de l’abbé P. (mention censurée par la FSSPX). Il décida donc d’interdire à ce dernier tout apostolat avec des jeunes. L’abbé P. (mention censurée par la FSSPX) se plaignit à Menzingen… et Mgr Fellay cassa la décision du supérieur de France. Étant donné que l’abbé P. (mention censurée par la FSSPX) avait déjà fait des aveux de faits pédophiles à la maison généralice, la conclusion s’impose : Mgr Fellay a mis délibérément en danger des dizaines de jeunes. Imaginez bien qu’entre la première plainte écrite concernant la poursuite des activités scouts de l’abbé P. (mention censurée par la FSSPX) à Conflans et sa « mise au vert » effective, en 2002, il s’est tout de même écoulé cinq ans… Il était temps, un bon quinze ans après les premiers faits connus de la FSSPX, que l’abbé P. (mention censurée par la FSSPX) avait avoués ! N’oublions pas non plus que l’abbé P. (mention censurée par la FSSPX) était en poste à Mantes-la-Jolie au moment de l’affaire de Perros-Guirec ; qu’on songe qu’il a été seul à s’occuper des scouts de Conflans-Ste-Honorine pendant que son confrère Cottard était en prison. On n’ose imaginer ce qui se sera passé pendant ce temps… Et tout cela, répétons-le, alors que Mgr Fellay était au courant des « activités » de l’abbé P. (mention censurée par la FSSPX). C’est stupéfiant !

Après tout cela, il est honteux que ce soit la mère d’une victime qui doive réagir en mai 1997 pour qu’on s’occupe enfin de retirer la charge des mouvements de jeunesse à l’abbé P. (mention censurée par la FSSPX). Viviane Lambert, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, était scandalisée en apprenant que l’abbé P. (mention censurée par la FSSPX) exerçait toujours son ministère auprès du groupe Charles de Foucauld et ailleurs en France. Il faut dire que les abbés Cottard et Camper, prieurs de l’abbé P. (mention censurée par la FSSPX) à Conflans-Pontoise, n’avaient été informés de rien sur son passé. D’autres voix se sont également élevées et l’abbé Laurençon a finalement prononcé une interdiction en 2000, cassée comme nous l’avons dit par Mgr Fellay. En 2002, peu avant la passation de pouvoir de l’abbé Laurençon à l’abbé de Cacqueray, l’interdiction est confirmée et l’abbé P. (mention censurée par la FSSPX) est muté. Il devait initialement être envoyé « en pénitence » au carmel d’Eynesse mais ayant bien compris que Menzingen était sensible à ses jérémiades il obtint d’aller chez les religieuses de Ruffec à la place. On pourra se faire une idée du sérieux de l’application des mesures d’interdiction en visitant simplement le site de Juventas Christi. On y voit bien qu’il est aumônier, qu’il organise des pèlerinages de jeunes, pose sur les photos et signe des chroniques dans le journal de l’association et cela des années après la prétendue interdiction définitive de 2002. On lui a même accordé une année sabbatique en 2005-2006. Voilà à quoi ressemblaient en vérité les « mesures très strictes » dont parlait l’abbé Niklaus Pfluger à une victime de l’abbé P. (mention censurée par la FSSPX).

Mgr Fellay tentera peut-être de se dédouaner en arguant que l’abbé P. (mention censurée par la FSSPX) n’est aujourd’hui plus dans la FSSPX. En effet, il l’a quittée en 2014 mais de son plein gré. Mgr Fellay ne l’a jamais exclu et il ne lui a intenté de procès canonique qu’en… 2012, et ce uniquement après plainte d’une ancienne victime au Vatican. Au total, l’abbé P. (mention censurée par la FSSPX) aura donc pu exercer ses « activités » au sein de la FSSPX pendant… 26 ans avant d’être réellement inquiété !

À présent, l’abbé P. (mention censurée par la FSSPX) est « prêtre ami »* de « La Résistance » (vagus et non membre de quoi que ce soit : cette formule offre beaucoup plus de liberté et est naturellement prisée par les pervers sexuels) et il est protégé par l’abbé François Pivert, qui refuse d’écouter la moindre accusation à son égard. On notera comme les oppositions entre « La Résistance » et Mgr Fellay ne changent rien en matière de pédophilie : ce sont en réalité les réflexes « claniques » qui sont déterminants, chacun défendant bec et ongles sa structure de pouvoir, sa « boîte ». Dans ce jeu de pouvoir, les victimes des pédophiles sont victimes une nouvelle fois. Dans ce domaine, le monde traditionaliste n’est guère différent des diocèses, des congrégations et des communautés, où l’on voit que les intérêts et « la réputation » de chaque « chapelle » priment souvent sur la justice et le soin aux victimes. Les traditionalistes, qui se croient très différents des « modernistes », leur ressemblent en fait désespérément. Le présent site vise justement à souligner combien il convient de dénoncer toutes les négligences et toutes les complicités, toutes « chapelles » confondues, et à faire primer l’attention aux victimes sur les intérêts pharisaïques de tous les courants et organisations.

Concluons ce dossier P. (mention censurée par la FSSPX) par ce qui est peut-être le plus révoltant : si Mgr Fellay a ouvert très tardivement un procès canonique contre ce prêtre en 2012, c’est seulement parce qu’une victime, excédée des demi-mesures de Menzingen, s’est plainte à la section « de gravioribus delictis » de la Sacrée congrégation pour la doctrine de la foi. Mis sous pression par Rome, Mgr Fellay a été forcé d’agir. Autrement dit, le supérieur général FSSPX ne fait le ménage que lorsqu’il y est contraint et forcé. Et comme l’opportunisme est toujours bon à prendre, il s’offre alors une pirouette : avec des airs de « Monsieur Propre », il juge un inférieur dont il a été complice en lui facilitant son sinistre travail pendant des années. Soyons surs que le tribunal canonique nouvellement institué pour juger les évêques coupables ou complices de pédophilie aura bientôt un nouveau cas à traiter.

* Cette page du site cristiadatradicinalista.blogspot.com n’est plus disponible qu’aux visiteurs enregistrés (tiens, y aurait-il des choses à cacher ?) mais nous en avons fait une copie d’écranusml