Affaire Abraham: tous complices

Anglais, l’abbé Stephen Abraham surprend au premier abord par son charmant accent du Sud-Ouest quand il parle français. C’est qu’il a habité en région toulousaine et c’est d’ailleurs là qu’il s’est converti, en 1985, de l’anglicanisme au catholicisme, au contact de la Fraternité Saint-Pie X.

Après avoir été surveillant à l’école Saint-Joseph des Carmes, près de Carcassonne, il est entré au séminaire francophone de la FSSPX: Flavigny puis Ecône. En France déjà, ses manières efféminées avaient attiré l’attention de certains mais les autorités de la FSSPX n’en avaient pas tenu compte. Il est donc ordonné prêtre en 1992, puis envoyé immédiatement aux Philippines, pour ouvrir avec l’abbé Paul Morgan la mission la Fraternité Saint-Pie X à Quezon City, dans le grand Manille. Aux Philippines, il est accusé d’agression sexuelle sur un garçon tout juste majeur.

Mgr Fellay, alors supérieur général depuis peu, se contente de le muter, et l’envoie en France, au prieuré Marie-Reine de Mulhouse. Il faut dire que Mgr Fellay, jamais pressé de voler au secours des victimes, avait eu le culot de dire que, dans ce genre d’accusations, la réalité est nuancée et présente toujours deux faces. Autrement dit: l’abuseur est mis sur pied d’égalité avec sa victime. Pire encore: en mutant l’abbé Abraham à Mulhouse, le supérieur général n’avertit pas le supérieur local, l’abbé Philippe François, du lourd passé de l’intéressé. L’abbé François, ne se doutant de rien, n’empêche pas l’apostolat de son subordonné avec les enfants et adolescents, et il arrive évidemment ce qui devait arriver: en Alsace aussi, l’abbé Abraham est accusé d’attouchements – cette fois sur un mineur de 14 ans. Le prêtre britannique est emmené au commissariat de police mais n’y passe que quelques heures parce que la famille de la victime ne veut pas déposer plainte contre lui. Toujours cette attitude des parents qui consiste à ménager un criminel simplement parce qu’il porte une soutane, et à sacrifier son propre enfant! Avec un tel respect mal compris pour les prêtres, faut-il s’étonner que la pédophilie ait encore de beaux jours devant elle dans les milieux traditionalistes?…

Après cette deuxième accusation, Mgr Fellay estime enfin que, dans les « deux côtés de la réalité » qu’il chérit tant, le point de vue des victimes pèse sans doute plus lourd que celui d’un abuseur. Il prend donc enfin des demi-mesures (qu’il chérit également): l’abbé Abraham est envoyé à Wimbledon, au siège du district britannique de la FSSPX . Là, il a pour instruction de n’exercer aucun apostolat, et de rester confiné à un ministère privé à l’intérieur de la « district house ». Il s’agit pourtant bel et bien de demi-mesures, puisqu’il n’est pas réduit à l’état laïc et continue à porter la soutane. Pour un récidiviste, ce n’est pas cher payé! Et cela après avoir été « puni » d’une simple mutation après les premiers faits!

En cédant à cette détestable habitude de la mutation (il faudra nous expliquer un jour en quoi le fait de déplacer un abuseur constituerait un remède…), Mgr Fellay s’est rendu coresponsable des attouchements de l’abbé Abraham sur sa deuxième victime. Il devra un jour rendre compte de cette lâcheté devant Dieu. En tout cas, parents qui confiez vos enfants au milieu FSSPX, prenez conscience des dangers que vous faites courir à votre progéniture: elle est exposée à des abuseurs, que Menzingen se contente de déplacer (sans même prévenir le nouveau supérieur local: on croire rêver!) et ensuite, quand un nouvel abus est commis et c’est votre enfant la victime, débrouillez-vous!

En janvier 2014, l’abbé Stephen Abraham annonce son ralliement à la « Résistance »:
http://aveclimmaculee.blogspot.be/2014/01/labbe-abraham-rejoint-la-resistance.html . C’est une tactique bien connue des abuseurs: en changeant de milieu on espère pouvoir agir sans donner l’alerte dans un environnement où l’on n’est pas encore connu pour ses déviances.

Cette annonce de l’abbé Abraham coïncide avec le moment où Mgr Williamson achète la maison de Broadstairs, dans le Kent:
https://respicestellam.wordpress.com/broadstairs/ . Là, l’abbé Abraham reprend sous la houlette de Mgr Williamson un ministère public normal, à Broadstairs mais aussi ailleurs au Royaume-Uni (Londres et Écosse notamment). Dans la « Résistance » britannique, certains s’étonnent de ses manières aux connotations homosexuelles. M. Greg Taylor, une figure importante de ce courant, décide de ne plus inviter l’abbé Abraham à célébrer la messe à Londres. Il faut dire que l’abbé Abraham avait avoué ne pas vraiment adhérer à la « Résistance ». Ce point est capital, puisqu’il rejoint ce que nous disions ci-dessus: les abuseurs ont l’habitude de quitter un milieu où ils sont trop connus pour passer dans un autre, où personne ne se méfiera d’eux. C’est d’ailleurs exactement ce qui s’est passé avec l’abbé Philippe P. [mention censurée par la FSSPX]: il a rejoint la « Résistance » sans aucune conviction puisque, dans le même temps, il prenait contact avec l’abbé Éric Simonot pour envisager d’entrer dans une communauté Ecclesia Dei.

En 2015, alors que des rumeurs d’abus sexuels commençaient à circuler dans les milieux « résistants » britanniques, deux personnes ont décidé d’en parler face à face avec l’abbé Abraham pour sortir des rumeurs et en avoir le cœur net. L’abbé Abraham leur a avoué que les deux accusations à son égard étaient véridiques et a ajouté qu’il était encore et toujours sujet à ce type de tentations.

Mgr Williamson, qui disait en 2014 ne pas savoir pourquoi l’abbé Abraham avait été suspendu par la FSSPX, est parfaitement au courant de cette conversation et des aveux de l’abbé. Du coup, il change de tactique: il s’énerve chaque fois que quelqu’un s’indigne qu’un prêtre coupable de pédophilie puisse continuer à exercer un ministère (messes publiques, premières communions, pèlerinages etc.). Il prétend qu’il s’agit de faits anciens et que la situation est maintenant en ordre. Mgr Williamson a un fameux culot, alors que l’abbé Abraham lui-même avoue qu’il pourrait rechuter et se demande s’il ne devrait pas se retirer et vivre une vie de pénitence. Par ailleurs, Mgr Williamson s’était déjà illustré dans l’affaire Urrutigoity: averti par l’abbé Andrés Morello du danger que représentait ce prédateur, il avait sèchement envoyé promener le dénonciateur et accueilli au séminaire de Winona l’abbé Urrutigoity:
https://www.commonwealmagazine.org/blog/curious-case-carlos-urrutigoity-iv . Quand on connaît la suite de la « carrière » de cet abuseur en série, on reste pantois devant la responsabilité de Mgr Williamson. Et c’est ce dernier, décidément très doué en discernement des esprits, qui vient maintenant nous dire que l’abbé Stephen Abraham ne représente plus aucun danger? De qui se moque-t-on?

Face à cette situation, Greg Taylor a décidé de parler à Mgr Faure. Nous avons pu vérifier que M. Taylor s’est rendu à Avrillé pendant le weekend de Pentecôte 2015, où Mgr Faure administrait des confirmations: http://www.dominicainsavrille.fr/confirmation-par-mgr-faure-le-23-mai-au-couvent-de-la-haye-aux-bonshommes/
Là, M. Taylor dit avoir eu une conversation avec l’évêque. Nous sommes incapables d’en confirmer le contenu mais, en résumé, Mgr Faure aurait tourné autour du pot, en passant de « C’est bien gênant » à « Pourvu que ça ne s’ébruite pas ». En bref, peu importe que des enfants aient été violentés, le principal est que ça ne se sache pas, et que notre petit milieu n’ait pas de problèmes. En bon français, ça s’appelle de la lâcheté mitrée, et tant qu’il en était à administrer la confirmation, Mgr Faure aurait pu méditer sur le don de force. Il n’y a d’ailleurs aucune raison de douter du récit de Greg Taylor, puisque, le 2 décembre 2015, interrogé en public sur le cas Abraham lors d’une conférence aux USA, Mgr Faure a fourni le même genre de non-réponse navrante (voir cette vidéo, à partir d’1h09).

Qu’on nous permette de rappeler quelques faits très simples à cet évêque atteint d’amnésie: oui, l’Église a des lois et, dans le code de 1917 que suit la « Résistance », on lit précisément ceci: « Si des clercs dans les ordres sacrés […]ont commis un délit contre le sixième commandement avec des mineurs de moins de seize ans ou pratiqué adultère, viol, bestialité, sodomie […] ils doivent être suspendus, déclarés infâmes, privés de tout office, bénéfice, dignité ou charge qu’ils pourraient avoir, et dans les cas les plus graves ils doivent être déposés » (canon 2359). N’est-ce pas assez clair?

Mgr Faure ne manque pas de toupet en prétendant que le droit de l’Église demande d’agir avec prudence, discernement etc., alors que ce canon 2359 est clair comme de l’eau de roche et n’offre pas d’échappatoire: il ne permet pas de déclarer infâme et de suspendre un clerc coupable de ces méfaits, il y oblige.

Mgr Faure agite encore un bel argument sophistique: le grand canoniste François Pivert dixit! Ah, si l’abbé Pivert l’a dit, alors on s’incline, bien sûr. Par ce minable faux-fuyant, Mgr Faure se rend semblable aux évêques diocésains qui s’abritent derrière leurs vicaires épiscopaux. Il est beau, le don de force chez les évêques! Faut-il obligatoirement être un lâche pour recevoir une mitre?

Par-dessus le marché, qui est cet abbé François Pivert (mieux appelé « Vipère »)? C’est le même qui a engagé la « Résistance » dans une collaboration avec l’abbé Philippe P. [mention censurée par la FSSPX] alors que, comme l’abbé Stephen Abraham, l’abbé Philippe P. a avoué des abus sexuels. L’abbé Vipère est donc un récidiviste en matière de protection d’abuseurs et il est d’autant moins pardonnable qu’il connaît de première main le gros dossier à charge de l’abbé Philippe P. [mention censurée par la FSSPX], comme nous l’avons déjà signalé. Le « grand canoniste » Vipère n’est ni plus ni moins qu’un pharisien, qui utilise le droit canon pour dénoncer Mgr Fellay quand celui-ci organise des procès staliniens contre les « résistants » mais qui oublie aussitôt le même droit quand il s’agit de prévenir la récidive d’un pédophile. Il pousse même le vice jusqu’à essayer de museler le présent site via les menaces d’un avocat. Le droit devient ainsi une mécanique qu’on utilise pour ses propres intérêts et non pour obtenir l’application de la vertu de justice. Un tel détournement s’appelle en latin « perversio ». On est bien loin de l’Évangile ou plutôt on est exactement dans la dénonciation par Jésus des docteurs de la loi: sépulcres blanchis. Si Napoléon qualifiait fort justement Talleyrand de « merde dans un bas de soie », on peut dire que certains clercs sont de la merde dans une soutane. Et le fait que le contenant soit une soutane ne change rien au contenu.

En conclusion, nous voyons que, « Résistance », Fraternité Saint-Pie X ou ordinaires diocésains, la plupart des évêques agissent de la même manière face aux cas de pédophilie: lâcheté et abandon des victimes. Vite, cachons cette affaire, de peur qu’elle ne nous crée des ennuis! D’où notre titre: « tous complices »!


Pour cet article, nous avons complété nos propres informations par ceci
http://abplefebvreforum.prophpbb.com/topic14.html
et, en version française, ceci: http://avecjesusetmarie.blogspot.fr/2016/06/labbe-stephen-abraham-un-pretre-ayant.html

Cependant, nous n’avons repris dans ces deux liens que les informations dont nous avons pu obtenir confirmation.