Ce n’est qu’un au revoir

Chers lecteurs,

Ce blog cessera ses activités dans quelques jours. Ce n’est pas avec regret que nous faisons cette annonce mais avec satisfaction: personne ne nous a contraints à fermer boutique, nous le faisons de notre plein gré, avec la conviction d’avoir accompli une belle mission. Depuis plus d’un an, nous avons réussi à faire passer une vérité qui n’est désormais plus sérieusement mise en doute: les abus sexuels existent dans le monde traditionaliste, ils y sont légion et, pire, les supérieurs font peu pour les réprimer ou pour les prévenir – quand ils ne les couvrent pas carrément.

Certains ont cru que nous voulions nous en prendre à la justice ou faire pression sur elle dans certains dossiers. Rien n’est plus erroné. Nous avons évoqué des procès mais nulle part nous ne nous en sommes pris aux magistrats, et certainement pas au siège. La justice est indépendante et doit le rester. Qui sait lire constate que c’est la hiérarchie de l’Eglise – traditionaliste et « conciliaire » – que nous mettons en cause, pour ses imprudences, son incompétence, sa lâcheté, voire sa complicité.

Il nous a été reproché de nous en prendre exclusivement à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. Nous répondons qu’on parle de ce qu’on connaît, or la majorité des cas que nous connaissons se trouvent dans ce milieu-là. Toutefois, nous n’avons pas épargné l’Institut du Christ-Roi souverain prêtre au sujet de l’affaire Q. et nous n’avons pas passé sous silence la mise en cause de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre dans l’affaire Urrutigoity. Dans les milieux de la « Résistance », nous avons cloué au pilori NNSS Faure et Williamson ainsi que l’abbé Pivert (voir ici et ici). Nous ne pratiquons aucune exclusive.

Notre message est passé, bien au-delà du monde francophone: des liens se sont tissés à travers le monde, la presse a couvert plusieurs cas, nous avons eu des visites d’ordinateurs de plusieurs dicastères vaticans, en Suisse le Département fédéral de justice et police s’intéresse désormais aux abus dans la FSSPX… bref notre travail d’information a payé. Nous allons maintenant nous concentrer sur d’autres manières d’obtenir justice pour les victimes, et sur d’autres méthodes pour faire payer les abuseurs et les supérieurs qui les couvrent. Le combat change de forme, rien de plus.

Plusieurs ont essayé de nous faire taire, que ce soit par des tentatives de piratage (nous avons informé les autorités compétentes, références à l’appui) ou par des biais judiciaires. Dans un cas comme dans l’autre, ces gens ont confirmé la véracité de nos dires puisque, loin de nous répondre sur le fond, elles ont utilisé une méthode typique des mafieux: essayer d’instrumentaliser la justice pour inverser les rôles: jouer à la victime et faire endosser aux victimes le costume de truand. Ces minables tentatives d’intimidation judiciaire se sont fracassées sur la sécurité juridique que nous offre l’Islande. Mieux encore, le succès considérable du Parti des pirates aux législatives ici le mois dernier semble annoncer un renforcement de la protection des lanceurs d’alerte. Nous n’avons donc aucune raison de nous laisser intimider et c’est, répétons-le, de notre plein gré et pour mieux nous concentrer sur d’autres formes d’action que nous cessons nos activités sur ce blog.

Le combat sera peut-être bref, peut-être long, mais en tout cas les victimes d’abus dans les milieux traditionalistes ne se tairont plus. Un espoir a vu le jour, des voix se sont élevées, l’omerta est brisée. Cela mettra le temps qu’il faudra mais le système mafieux qui protège les pédophiles et autres pervers dans les milieux traditionalistes tombera. La hiérarchie fait encore des efforts désespérés pour maintenir le couvercle sur le chaudron mais la marmite sautera tôt ou tard et, plus ce sera tard, plus ce sera dévastateur. Les tout récents exemples de la Fraternité Saint-Jean ou des Légionnaires du Christ sont là pour en témoigner.

Le mot de la fin: parents, continuez à vous battre pour protéger vos enfants. Si vous avez encore besoin de consulter nos articles (nous les avons quasi tous mis à jour ou améliorés ces derniers jours), nous vous dirons bientôt sur cette page où les trouver, ils ne disparaîtront pas. Par ailleurs, nous restons joignables à l’adresse e-mail addresse_yandex

Ce n’est qu’un au revoir!

Affaire Urrutigoity: une précision importante

À l’occasion de la publication des derniers épisodes de l’affaire Urrutigoity (III et IV), nous avons considérablement remanié les épisodes I et II, en y apportant des ajouts mais aussi en y rectifiant des imprécisions. Les changements apportés ne sont pas négligeables et nous vous invitons donc à relire les épisodes I et II améliorés.

L’Affaire Carlos Urrutigoity (IV)

(3ème partie ici)

Cette partie traite du retour de l’abbé Urrutigoity en Amérique du Sud

Au printemps 2005, la suppression de la SSJ étant confirmée, des rumeurs circulèrent selon lesquelles Fr. U et consorts se préparaient à vendre la propriété de Shohola et à retourner en Argentine. Comme pour confirmer ces craintes, Ensey et Urrutigoity avaient disparu de la circulation. Mgr Martino fit savoir que, si les SSJ se transféraient en Amérique du Sud, il informerait le nonce et l’ordinaire du lieu de leur lourd passé à Scranton et ne mâcherait pas ses mots. Mais Urrutigoity et Ensey étaient d’une arrogance peu commune et, en juin 2005, ils osèrent demander à Martino leur excardination, pour se faire réincardiner à Ciudad del Este, au Paraguay. Martino refusa sèchement. Il tenait à les garder sous son contrôle. Qu’à cela ne tienne, les deux compères partirent au Paraguay sans sa permission et recréèrent là-bas la congrégation Saint-Jean. Vers la fin de l’année, Mgr Rogelio Livieres Plano, évêque de Ciudad del Este, affichait son soutien aux SSJ en célébrant la messe chez eux. Furieux, l’avocat de John écrivit au nonce à Asunción pour l’alerter et lui signaler que cette transplantation était illégitime, l’évêque de Scranton n’ayant pas donné son accord à l’excardination. Le nonce le rassura : Mgr Livieres avait renvoyé Fr. U et sa suite et « il ne reste aucune trace de la présence de la Society of Saint John au Paraguay ». Naïveté ou mensonge ? En tout cas, dès septembre suivant, Mgr Livieres Plano annonçait aux bienfaiteurs de la SSJ qu’il avait établi cette dernière dans son diocèse et qu’il allait même travailler à lui obtenir le statut de société de vie apostolique. Peu scrupuleux, l’évêque passait soigneusement sous silence la suppression canonique de la SSJ en 2004. Dans son propre bulletin d’information quelques semaines plus tard, la Society of Saint John allait plus loin : à l’en croire, le but ultime de Mgr Livieres était d’obtenir à cette fraternité un statut de droit pontifical. Pour un évêque qui avait « braconné » des prêtres encore incardinés dans un autre diocèse, ça ne manquait pas de culot. Mais l’abbé Urrutigoity avait trouvé une proie aussi malléable que l’avait été Mgr Timlin, et il n’avait pas de raison de s’arrêter en si bon chemin. Il réussit à se faire confier les rênes du séminaire diocésain (combien de séminaristes à nouveau molestés ?…) et – anticipons – en 2014 il allait même devenir vicaire général, c’est-à-dire n°2 du diocèse.

Retour en 2007 : face à la situation, Mgr Martino tint sa promesse de révéler à son confrère la vérité sur les années de Fr. U à Scranton. En janvier 2007, il lui adressa en garde sévère : « Je vous avertis solennellement et dans les termes les plus forts (…), [l’abbé Urrutigoity] aura dans votre diocèse une influence délétère », puis il ajouta que, si Mgr Livieres lui renvoyait une lettre légalisée attestant qu’il avait bien reçu cette mise en garde, il accepterait d’excardiner l’Argentin. Mgr Martino ne reçut jamais de réponse.

Le scandale n’allait pas tarder à éclater : au cours de l’été 2008, des diocésains de Ciudad del Este s’émurent de l’accueil de cette fraternité sulfureuse et interpellèrent leur évêque. Mgr Livieres répondit dans le même registre que Mgr Timlin l’avait fait, en soulignant qu’Urrutigoity n’avait jamais été condamné : « Je n’ai jamais caché ni protégé qui que ce soit qui ait été condamné pour un crime ». Parallèlement, l’évêque évitait soigneusement de dire qu’il avait été amplement informé et même solennellement mis en garde au sujet du passé de la congrégation Saint-Jean. Jouer à ses diocésains le vieil air de la « campagne de dénigrement » et de la « calomnie » relevait donc de la désinformation grossière. Les autres arguments avancés par Mgr Livieres étaient largement étrangers au problème : ils revenaient à dire que la SSJ avait été recommandée par plusieurs cardinaux de curie. Il faut savoir que, depuis l’arrivée de Mgr Martino en 2003, ce dernier et Fr. U s’étaient livré une rude concurrence pour obtenir l’oreille des dicastères romains. La famille Urrutigoity ayant des relations haut placées, Mme accompagna plusieurs fois son fils Carlos au Vatican pour appuyer son lobbying. Carlos présenta trompeusement le conflit comme une attaque contre le traditionalisme et obtint ainsi, au fil des ans, l’oreille des cardinaux Rodé, Arinze et Ratzinger. En juillet 2007, Mgr Timlin avait même écrit une lettre de louange en faveur de la SSJ, lettre évidemment exploitée à fond par l’abbé Urrutigoity auprès de plusieurs congrégations de la curie romaine. Pendant ce temps, Mgr Martino multipliait les courriers aux mêmes congrégations et se rendait plusieurs fois à Rome, pour contrer la désinformation de l’Argentin : non, il n’était pas un progressiste enragé qui aurait juré la perte des traditionalistes, et sa querelle avec la SSJ portait sur de graves abus, pas sur la liturgie ni l’interprétation de Vatican II.

En août 2009, Mgr Martino démissionna de façon inattendue, à 63 ans à peine (la limite canonique est à 75 ans). Les raisons de cet étrange retrait n’ont jamais été élucidées. Mgr Livieres avait le champ libre, d’autant plus qu’il bénéficiait du soutien du pape Ratzinger. Avec son abdication en 2013 et l’élection du cardinal Bergoglio, la situation allait changer.

La nomination de Mgr Livieres comme évêque de Ciudad del Este en 2004 avait été mal accueillie. Conservateur, il avait resserré la discipline dans le diocèse et fondé un séminaire très classique, aux antipodes du séminaire national d’Asunción. Le catholicisme paraguayen étant plutôt progressiste, voire marqué par la théologie de la libération, des oppositions s’étaient immédiatement manifestées, à la fois à l’intérieur du diocèse et dans la conférence épiscopale. Ces oppositions refirent surface après l’élection de François Ier. La protection que Mgr Livieres accordait à la Society of Saint John était son talon d’Achille et servit largement de prétexte à la relance de la campagne contre lui. Mgr Livieres, au lieu de prendre ses responsabilités en rompant avec cette fraternité aux mœurs dissolues, tomba dans le piège en se disant victime d’un complot progressiste. Dans cette affaire, les opposants de Mgr Livieres tout comme ce dernier prirent en fait en otage la cause des victimes d’abus sexuels. Dans ces questions-là, il faut refuser tout débat idéologique et prendre fait et cause pour les victimes en éliminant sans pitié les abuseurs. Malheureusement, ce fut tout le contraire : d’une part le camp progressiste instrumentalisa ces affaires d’abus pour abattre un évêque néo-traditionaliste, et d’autre part ce dernier s’entêta scandaleusement en maintenant jusqu’au bout sa protection à une bande de prédateurs. Au milieu de ce gâchis, on a du mal à trouver la maxime « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice ».

Bref, en septembre 2014 Mgr Livieres fut destitué par le pape François. Dans le monde entier, beaucoup de traditionalistes et de philotraditionalistes tombèrent dans le piège en prenant parti sans nuance pour Mgr Livieres. Le vaticaniste Sandro Magister reproduisit intégralement le texte d’autojustification de l’évêque paraguayen sous couleur de « donner la parole à la défense ».

Bien sûr, il est normal d’écouter le point de vue de l’accusé mais il était scandaleux de ne trouver sous la plume de Magister aucune remarque critique, aucune distanciation par rapport au scandale Urrutigoity. L’auteur traditionaliste français Yves Daoudal publia sur son blog un article encore pire, qui, également sous couleur de donner le point de vue de l’accusé, ne mentionnait même pas l’affaire Urrutigoity ! Quand la censure flirte avec le mensonge par omission… Le blog anglo-saxon Rorate Caeli fut plus équilibré : tout en dénonçant le règlement de comptes idéologique derrière la déposition de Livieres, il reconnut honnêtement que ce dernier, avec tout le mérite qu’on pouvait lui reconnaître pour la retraditionalisation de son diocèse, s’était mis gravement dans son tort en couvrant les abus innommables de la congrégation Saint-Jean (il faut ajouter que, pendant ses années au Paraguay, Fr. U a encore fait l’objet d’au moins une plainte). Mgr Livieres, disait Rorate Caeli, avait ainsi cherché un bâton pour se faire battre.

On se réjouit de voir que les administrateurs de Rorate Caeli sont parmi les rares à comprendre le problème quand ils reprochent à de nombreuses publications traditionalistes de se scandaliser de la destitution de Mgr Livieres Plano. Le blog anglo-saxon explique que, si on critique la décadence des mœurs chez les progressistes, il faut a fortiori ne pas la tolérer chez soi. Dans le cas contraire, il ne faut pas être surpris des conséquences. La leçon est excellente et courageuse… mais Rorate ne va pas jusqu’au bout. En effet, il présente uniquement le bon côté de l’action de la FSSPX dans l’affaire Urrutigoity: la lettre de Mgr Fellay de février 1999. Et il passe complètement sous silence les négligences et imprudences délibérées commises par cette même fraternité, qui est d’abord et avant tout coupable d’avoir donné le sacerdoce à un individu qu’elle considérait elle-même comme très suspect. La sincérité de Rorate Caeli a donc ses limites et, comme dans le cas du Forum catholique on constate que chacun protège au final sa propre « chapelle ».

Il est probable que le pape ait « coupé la tête » à Mgr Livieres à cause de son conservatisme, de son attachement à la liturgie traditionnelle, de la « concurrence » que son séminaire faisait aux séminaires argentins et de son appartenance à l’Opus Dei. Il est très plausible que François ait saisi l’occasion de régler avec son compatriote (feu Mgr Livieres + était Argentin) des comptes qui dataient de ses années à Buenos Aires, où les deux hommes avaient des orientations très opposées. Si le pape s’en était réellement pris à Livieres à cause des scandales sexuels d’Urrutigoity, il aurait aussi sanctionné les autres évêques coupables d’avoir protégé le prédateur. Or il n’a pris aucune mesure contre Mgr Williamson, dont l’excommunication était levée depuis février 2009 et qui aurait pu être resanctionné, ni contre Mgr Timlin. Ce dernier, protecteur impénitent de pédophiles, est certes retraité mais il continue à exercer un ministère, en particulier pour la Fraternité Saint-Pierre. Encore au printemps 2016, il a conféré des confirmations à la FSSP : http://saintmichaelsrcc.org/fssp/1679/confirmations-2016/. Bref, comme à son habitude le pape François semble bien avoir pris prétexte d’une situation où un évêque traditionalisant s’était mis dans son tort, pour l’abattre pour des raisons idéologiques inavouées.

Le plus scandaleux est que le Souverain Pontife n’a pris aucune sanction contre Urrutigoity lui-même. Si l’affaire Livieres s’était inscrite dans une lutte contre les abus sexuels, le pape s’en serait évidemment pris par-dessus tout à l’abuseur lui-même. Or le Saint Siège a simplement exigé que Fr. U fût destitué de sa charge de vicaire général du diocèse de Ciudad del Este. Cette mesure cosmétique ne réglait rien, puisque l’abbé Urrutigoity pouvait (et peut encore à ce jour) continuer à conférer tous les sacrements et exercer un ministère pastoral complet. Si l’abbé Ensey a finalement été réduit à l’état laïc en 2014, en revanche aucune – strictement aucune – sanction canonique n’a été prise contre Urrutigoity. Non seulement le pape aurait pu ouvrir à l’encontre de Fr. U un procès en réduction à l’état laïc mais il aurait pu décréter une telle réduction par sa propre autorité. En effet, le Souverain Pontife possède un pouvoir de juridiction directe sur tous les catholiques. Le pape François, qui, avec l’humilité ostentatoire qu’on lui connaît, se vante de se tenir personnellement au courant, de régler personnellement les problèmes, d’intervenir personnellement partout, ne s’était pas privé d’user de ces pouvoirs directs pour démettre Mgr Livieres. A fortiori, il aurait pu en user pour réduire l’abuseur à l’état laïc. En ne le faisant pas, il a montré non pas qu’il néglige mais qu’il refuse de mettre Fr. U hors d’état de nuire. Il continue ainsi, délibérément, à mettre en danger des centaines d’adolescents partout où passe Carlos Urrutigoity. Voilà la réalité crue, derrière la façade des discours du pape Bergoglio sur « la tolérance zéro ».

L’affaire Urrutigoity ne fait plus la une mais l’intéressé n’est pas hors d’état de nuire pour autant. Tout d’abord, si on en croit le wiki Messe Monde, la Society of Saint John, théoriquement supprimée, exerce encore et toujours impunément aujourd’hui, en novembre 2016, un apostolat à Ciudad del Este: http://messemonde.free.fr/Wikini/wakka.php?wiki=ParaguaY. Ensuite, grâce à la complicité de son compatriote le pape, Fr. U personnellement exerce encore et toujours un ministère… dans son pays, tout simplement, comme si de rien n’était. Depuis 2015, le psychopathe Urrutigoity est de retour dans sa région d’origine, la province de Mendoza. La presse paraguayenne l’a révélé, la presse argentine l’a confirmé et s’en est émue à plusieurs reprises en cette année 2016

Le lieu exact de la province de Mendoza où se cache Fr. U n’est pas clair mais il est probable que ce soit à l’Institut du Verbe incarné, dans le diocèse de San Rafael. En tout état de cause, au contraire des journalistes européens qui tressent au pape François des couronnes de fleurs sans une once d’esprit critique, les rédacteurs argentins osent dénoncer le Souverain Pontife régnant, fût-il leur compatriote : comme nous, la presse argentine dénonce le fait qu’il brasse du vent au sujet de la pédophilie dans le clergé mais qu’il évite soigneusement d’agir. À lire, cet article qui ne mâche pas ses mots et dénonce le double jeu du pape François.

Comme on le voit, l’indignation est vive au pays du pape, mais François se garde bien de bouger le petit doigt. Soulignons-le donc fortement : l’affaire Urrutigoity n’appartient pas au passé, elle est encore bien actuelle. « Grâce » au pape François. Quand cette complicité s’arrêtera-t-elle ?!… Il ne se passe pas une semaine sans que la presse nous abreuve de nouveaux scandales sexuels dans l’Église et, chaque fois, la hiérarchie nous assure qu’ « on a compris », que « les erreurs du passé ne se répéteront pas », que « désormais les méthodes ont changé et que ces tristes épisodes appartiennent au passé ». Baratin, baratin… Comme le montre l’existence toujours actuelle de l’affaire Urrutigoity et comme l’explique en détail la presse argentine dans les articles ci-dessus, rien ne change – et il n’y a pas de raison que quoi que ce soit change de sitôt, puisque le pape montre l’exemple en protégeant un prédateur.

Cette complicité de Jorge Mario Bergoglio ne date pas d’hier : pour ceux qui veulent en savoir un peu plus sur son action (ou inaction) vis-à-vis des abus sexuels pendant ses années en Argentine, voici un lien très instructif : en espagnol et en anglais. On y voit que Mgr Bergoglio, qui ne s’est pas privé de pérorer sur tant de sujets de société, n’a jamais évoqué publiquement les abus sexuels dans le clergé et qu’il en a même nié l’existence dans l’Église d’Argentine ! Il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Plus grave encore, quand des victimes se sont adressées à lui, il a refusé de les aider. Et son auxiliaire Mgr Mario Poli, qui avait également envoyé promener une victime… a été nommé par François pour devenir son propre successeur comme archevêque de Buenos Aires. Jorge Mario Bergoglio promeut ainsi quelqu’un qui abandonne à leur sort des victimes de pédophilie. Il est beau, le pape au cœur de père, le pape proche des faibles et des blessés de la vie ! Oubliées, ses propres déclarations annonçant qu’il révoquerait tout évêque complice, voire simplement négligent, en matière d’abus sexuels… Non seulement il ne les destitue pas, mais il les nomme ! La duplicité est à son comble. Et le cas Poli n’est pas unique : on se souvient aussi de l’émotion provoquée en Amérique hispanique par la nomination de Mgr Juan Barros comme évêque d’Osorno (Chili). Mgr Barros a été témoin d’abus sexuels commis par un prêtre condamné canoniquement pour ces faits, et les a couverts : http://ciperchile.cl/2015/02/09/la-carta-enviada-al-vaticano-que-acusa-al-obispo-barros-de-ser-complice-de-karadima/

En apprenant sa nomination, plus de 1300 Chiliens choqués, qui croyaient encore au « show » du « bon pape » François, l’ont supplié de revenir sur sa décision : http://www.soychile.cl/Osorno/Sociedad/2015/02/28/307707/Laicos-de-Osorno-envian-carta-al-Papa-pidiendo-bajar-a-Barros-Nos-preocupa-que-llegue-un-pastor-sin-olor-a-oveja.aspx

En vain, bien entendu : http://internacional.elpais.com/internacional/2015/03/22/actualidad/1427049872_500779.html

« Res, non verba » : ce sont les actes qui comptent, pas les paroles. Encore une fois, nous encourageons nos visiteurs à lire http://www.bishop-accountability.org/Argentina/Abusos/ ou http://www.bishop-accountability.org/Argentina/

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Aux deux extrémités de la «saga» du prédateur Urrutigoity, on trouve la Fraternité Saint-Pie X et le pape François. L’une a, par les graves négligences de ses évêques, laissé un pervers accéder au sacerdoce et l’autre refuse encore actuellement de réparer cette catastrophique erreur en réduisant ce même pervers à l’état laïc. Faut-il s’étonner que ces protecteurs de prédateurs échangent des baisers Lamourette et que l’un soit à deux doigts d’accorder une prélature personnelle à l’autre ? Les pharisiens s’entendent comme larrons en foire. Aux dépens des victimes.


Quelques liens sur l’affaire Urrutigoity :

* Un synopsis, par Public Radio International:
http://www.pri.org/stories/2014-06-03/exclusive-after-us-sex-abuse-scandals-accused-priest-rises-again-paraguay

* Le récit de Jeffrey Bond, avec réponse de la SSJ et du diocèse de Scranton:
http://www.seattlecatholic.com/article_20020130_Harboring_Sexual_Predators_in_Scranton.html

* Une vision argentine:
http://www.mendozapost.com/nota/29505-la-impunidad-de-un-cura-pedofilo-mendocino/

* La recherche la plus fouillée de toutes: l’article de Grant Gallicho, en 8 épisodes:
https://www.commonwealmagazine.org/blog/curious-case-carlos-urrutigoity-i-updated

L’Affaire Carlos Urrutigoity (III)

(2ème partie ici)

Les épisodes III et IV concernent moins directement le monde traditionaliste mais montrent plus en profondeur qui est l’abbé Urrutigoity et quelles ont été les conséquences du laxisme de la FSSPX. C’est elle en effet la première responsable du scandale Urrutigoity puisque c’est elle qui, avec une imprudence caractérisée, a conféré la prêtrise à ce prédateur.

Dans cette section III, nous revenons sur les années de Fr. U dans le diocèse de Scranton.

Nous avons vu que Jeffrey Bond avait été alerté en août 2001 au sujet des abus financiers et sexuels qui avaient cours chez les SSJ. En septembre 2001, il commença à écrire non seulement à l’évêché mais aussi à des prêtres et laïcs de ses connaissances. Mgr Timlin, ordinaire du lieu, lui reprocha de faire du scandale (le monde à l’envers !) mais Bond ne se laissa pas impressionner. Au contraire, le tollé s’étendit: à l’automne 2001, plusieurs personnes, parmi lesquelles l’abbé Paul Carr (FSSP), alors reponsable de Saint Gregory’s Academy informèrent Mgr Timlin que l’abbé Urrutigoity avait l’habitude de dormir dans le même lit que des élèves. Le 21 novembre 2001, Fr. U. menaça Bond d’un procès en diffamation (tactique typique des abuseurs : se poser en victime et faire passer les honnêtes gens pour des criminels). Une fois encore, Bond persista et poursuivit sa campagne.

Au mois de janvier suivant, la situation s’envenime franchement.

Le 12 janvier 2002, Mgr Timlin reçoit du nonce à Washington une lettre datée du 18 décembre 2001, envoyée par le père d’une victime, que nous appellerons John. Au nom de son fils, le père accuse les abbés Ensey et Urrutigoity d’un certain nombre d’abus, qu’il détaille. Mgr Timlin dit avoir immédiatement suspendu les deux abbés mais ce point n’est pas clair: il semble qu’il les ait simplement déplacés (les fameuses mutations, typiques des évêques protecteurs d’abuseurs). Même dans la meilleure des hypothèses, si Mgr Timlin les a bien suspendus, il faut savoir qu’une suspension n’est pas une peine mais une simple mesure conservatoire. Et encore… l’évêque trouva le moyen de féliciter les deux prêtres, « qui ne m’ont jamais désobéi ». Sans commentaire. Mgr Timlin aurait évidemment dû ouvrir les yeux non seulement face aux accusations qui se multipliaient mais aussi face à une expertise psychiatrique qu’il avait lui-même sollicitée. En effet, après la lettre du père de John, Mgr Timlin avait fait examiner Urrutigoity et Ensey par l’institut canadien Southdown, spécialisé dans les soins psychologiques pour les clercs.  Le rapport de cette institution était accablant : Fr. U souffrait d’un « trouble narcissique et anti-social de la personnalité », pour lequel une thérapie était « fortement recommandée », tandis que l’abbé Ensey était « aux prises avec une sexualité réprimée », qui le rendait « captif d’une attraction sexuelle pour les adolescents ». C’était clair pour qui voulait voir.

Alors que les accusations d’abus vis-à-vis de la SSJ commencent à faire des vagues, Mgr Timlin est pris à partie par des différentes personnes et associations. Épinglons en particulier un groupe de laïcs appelé tout simplement « Roman Catholic Faithful » (RCF), qui publie le 15 janvier 2002 la protestation suivante : http://www.rcf.org/press/releases/2002JAN15SSJTIMLIN.htm. L’évêché de Scranton prétendit que ce communiqué contenait de « grossières erreurs factuelles », ce que nous ne pensons pas, mais les RCF avaient en tout cas bien compris le mécanisme à l’œuvre, comme en témoigne une phrase cruciale dans le communiqué : « C’est précisément ce cycle de tolérance et de silence qui favorise la propagation parmi les prêtres catholiques du cancer des comportements homosexuels et des abus commis sur les jeunes ». C’est exactement le mécanisme que nous dénonçons sur ce blog. Il faut constater, quand on lit la protestation des RCF, qu’on a l’impression de voir une copie des reproches adressés à l’abbé Schmidberger et à Mgr Fellay, dans l’affaire de l’abbé P. [mention censurée par la FSSPX] et dans tant d’autres.

Le mois de janvier 2002 se termine sur un document qui est devenu depuis lors une pièce clé de l’affaire Urrutigoity : une virulente lettre ouverte de Jeffrey Bond à Mgr Timlin.

Revenons-en à John. Face à ses accusations, les abbés Urrutigoity et Ensey répètent à l’envi que la pratique de dormir ensemble n’avait eu cours que lorsqu’il y avait un manque de place. C’était répondre à côté de la question, puisque John disait avoir été caressé de façon indécente par Fr. U et agressé sexuellement par l’abbé Eric Ensey. C’est en 1997 qu’Ensey était devenu directeur spirituel de John à Saint Gregory’s Academy et avait commencé à exercer sur lui une emprise psychologique. C’était à tel point que, dans sa déposition, John déclara qu’à ce moment-là il avait du mal à concevoir que l’abbé Ensey fût capable d’actes mauvais. Or, en fait d’actions nuisibles, l’abbé lui servait régulièrement de grandes rasades d’alcool, puis l’envoyait chez Fr. U « pour approfondir la direction spirituelle », en réalité pour abuser de lui. Par ailleurs, tout le monde à Saint-Grégoire savait que les prêtres SSJ buvaient avec les élèves. En mars 1998, l’abbé Paul Carr (FSSP), aumônier de l’établissement, avait même alerté Mgr Timlin à ce sujet après avoir fait appel à la police pour des cas d’intoxications alcooliques.

Après avoir passé sa maturité gymnasiale (baccalauréat) à Saint Gregory’s, John s’était inscrit sur les conseils de l’abbé Ensey à la faculté Thomas Aquinas College (TAC), en Californie. Comme Ensey l’avait rendu alcoolique, il passa son temps à TAC à être ivre et quitta finalement l’établissement dès la première année. Ne sachant trop comment s’orienter, il décida d’aller à la faculté Saint-Justin de Shohola à la fin de l’été 2000. Là, Fr. U et Ensey le molestèrent à nouveau sexuellement. N’y tenant plus, il fit ses valises et partit soudainement. L’année 2001 fut pour lui une longue glissade vers l’abîme : toxicomanie et tentatives de suicide. Enfin, il se résolut à suivre une psychothérapie. C’est cela qui lui permit de retrouver de l’auto-estime, si bien qu’en 2002, peu après la lettre de son père, il eut la force de déposer une plainte fédérale.

Cette plainte sonna comme une confirmation des accusations proférées par Jeffrey Bond. C’est à Saint Gregory’s, en 1999, que John avait connu Bond, à l’occasion d’une conférence littéraire que ce dernier était venu donner. Par la suite, John l’avait revu à Shohola, lors de son passage en septembre 2000. Comme les deux avaient tissé des liens personnels, Bond s’étonna de voir John partir en coup de vent. Un an plus tard, après avoir entendu des allégations selon lesquelles des prêtres SSJ dormaient dans le même lit que des étudiants, Jeffrey Bond téléphona à John et ce dernier vida son sac : il avait été molesté sexuellement à plusieurs reprises par les abbés Urrutigoity et Ensey, et même violé par ce dernier.

La plainte fédérale de John visait toutes les personnes, physiques et morales, estimées responsables à divers titres : les deux prêtres directement accusés mais aussi Mgr Timlin personnellement, le diocèse de Scranton en tant que tel, la Fraternité Saint-Pierre, qui exploitait Saint Gregory’s Academy, et enfin cette académie elle-même. Comme les lois de l’État de Pennsylvanie prévoient un délai de prescription assez court, il était trop tard pour intenter un procès pénal, donc la plainte fut introduite au civil.

Sous serment, Urrutigoity et Ensey nièrent tout en bloc mais l’avocat de John produisit plusieurs témoins, qui décrivirent tous le même modus operandi que celui dénoncé par le plaignant : nuits passées dans le même lit sous prétexte de lutter contre le puritanisme (argument répété de façon obsessionnelle par les deux prêtres abuseurs), puis attouchements sexuels. À titre d’exemple, un des témoins, J. Zoscak, relata avoir subi à la faculté de Shohola exactement le même type de mésaventures que John, et avoir déposé plainte à la police. Malheureusement, dans son cas aussi, les faits étaient déjà prescrits. Un autre témoin, Conal Tanner, fit la déposition suivante : après avoir quitté Saint Gregory’s l’été 2000, il s’aperçut qu’il avait oublié des bagages sur place. Il revint les chercher et logea à l’établissement SSJ voisin, à Shohola. Mais, le soir, il constata que l’abbé Urrutigoity ne lui avait préparé aucun lit. Il fut contraint de dormir sur le même matelas que le prêtre, alors qu’il y avait de la place libre en surabondance, puisque c’étaient les grandes vacances. L’argument selon lequel les prêtres SSJ ne partageaient leur lit avec des garçons qu’en cas de manque de place était réduit à néant. Bref, Tanner raconta comment, cette nuit-là, il subit de la part de Fr. U une tentative d’attouchement et décida de dormir tout habillé. Quand il se réveilla il constata que la braguette de son pantalon était ouverte.

En outre, Matthew Selinger, à qui Urrutigoity avait fait subir des attouchements dans la SSJ, réitéra sous serment et détailla les accusations dont il avait fait part, oralement et écritement, en 1999 à l’évêché de Scranton.

Il serait trop long de conter par le menu toutes les accusations portées contre les abbés Urrutigoity et Ensey mais le plus significatif est l’attitude de Mgr Timlin. En toutes circonstances, il souligna que ces deux prêtres n’avaient jamais été condamnés et que les accusations à leur égard n’étaient que des allégations. Refusant avec obstination de voir les lourds indices concordants et récurrents, il n’appliqua jamais le principe de précaution, n’ouvrit jamais de procès canonique contre les SSJ et, au contraire, continua toujours à leur accorder un soutien actif, réservant ses flèches, sa bile et son autoritarisme à ceux qui les dénonçaient. Le 25 juillet 2003, Mgr Timlin, atteint par la limite d’âge, prit sa retraite.

Son successeur, Mgr Joseph Martino était un homme moins aveuglé par les partis pris idéologiques et, surtout, beaucoup moins naïf et plus énergique. Se disant bienveillant vis-à-vis de la messe traditionnelle, il fit savoir que ses reproches à l’encontre de la congrégation Saint-Jean n’étaient pas liturgiques mais financiers et sexuels, puis il arriva rapidement à la conclusion que la SSJ était un cloaque irréformable, qu’il fallait supprimer. Le décret de suppression, dûment motivé, fut promulgué le 19 novembre 2004 : http://www.freerepublic.com/focus/f-religion/1292797/posts Au contraire de Mgr Timlin, Mgr Martino avait accepté d’ouvrir les yeux, ni plus ni moins. Il tint cependant toujours à agir avec précaution, par crainte d’apparaître partial ou d’enfreindre par inadvertance le droit canon et de voir sa décision annulée. De fait, comme on s’y attendait, la SSJ interjeta appel à Rome mais, en mai 2005, le recours fut rejeté par le Saint Siège. La Society of Saint John était bel et bien supprimée.

Quant au procès civil intenté par John, il se régla à l’amiable la même année, pour un montant de 400 000$. Même si Fr. U a ainsi échappé à une condamnation judiciaire, il est évident que personne n’accepterait de payer un tel montant pour un dommage qui serait fictif. À noter que ce n’est qu’après cet arrangement à l’amiable que l’avocat de John obtint les expertises psychiatriques des deux prêtres, menées par l’institut Southdown en 2002. Tout indique que, pour limiter le montant des dédommagements obtenus, l’évêché de Scranton ou son avocat avait volontairement pratiqué l’obstruction.

En dépit de ces dédommagements de 400 000$ qui sonnent comme un aveu, Mgr Timlin désormais retraité, têtu et impénitent jusqu’au bout, ne cessa jamais de soutenir la Society of Saint John, au risque d’infliger ainsi un camouflet à son successeur. Il aida même les SSJ à se regrouper dans un autre diocèse.

A suivre…

Pinocchio à Menzingen

La maison générale de la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) est devenue si coutumière des contre-vérités que nous avons cessé de relever toutes ses manipulations, mais un lecteur nous a priés avec insistance de revenir sur un mensonge particulièrement énorme. Cela constitue le point 1) ci-dessous. Nous y avons ajouté un point 2) sur la base d’une lettre que nous avons pu consulter.

1) Dans l’article du Spiegel Online du 29 mai 2016 (voir
http://www.stop-pedos-trad.is/wp/index.php/2016/05/29/pedophilie-dans-la-fsspx-faites-confiance-au-pretre/) la maison générale de la FSSPX affirme entre autres ceci:

« L’abbé Laurençon, supérieur de la Fraternité en France depuis 1996, a pris diverses mesures contre [l’abbé P.], de plus en plus restrictives. Ces mesures ont toujours été approuvées par Mgr Fellay, supérieur de la Fraternité depuis 1994 ». Cette déclaration de Menzingen est un mensonge éhonté. Comme nous l’avons signalé dans cet article, Mgr Fellay a en effet cassé la seule mesure stricte qui ait jamais été prise à l’encontre de l’abbé P.: en 2000 l’abbé Laurençon lui a interdit purement et simplement tout apostolat auprès des jeunes, et Mgr Fellay a cassé cette décision. Le nez de Menzingen s’allonge donc comme celui de Pinocchio lorsque la maison générale de la FSSPX déclare que les mesures de l’abbé Laurençon vis-à-vis de l’abbé P. « ont toujours été approuvées par Mgr Fellay ». C’est de la tromperie pure et simple.

2) Autre allongement de l’appendice nasal: dans une lettre du 9 octobre 2009 à une victime, Mgr Fellay a prétendu que, pendant longtemps, peu de textes de référence étaient disponibles au sujet de la manière de traiter les cas de pédophilie dans l’Église: « C’est seulement à partir des scandales récents qui ont éclaboussé l’Église que des directives claires ont été données (…). [Par le passé], moi-même, lorsque j’ai voulu connaitre la pratique de l’Église dans des affaires de pédophilie, j’ai cherché pendant deux ans avant de découvrir de vagues directives ». Si Mgr Fellay a eu tant de peine, et pour un résultat si maigre, c’est peut-être à cause d’une infirmité redoutable: la cécité volontaire, accompagnée d’un allongement nasal. Aussi, pour vous guérir de cette triste maladie, Monseigneur, nous avons tiré de la lettre de Benoît XVI aux catholiques d’Irlande cet extrait que vous recevrez sans doute comme un boomerang:

« 11. A mes frères évêques

On ne peut pas nier que certains d’entre vous et de vos prédécesseurs ont manqué, parfois gravement, dans l’application des normes du droit canonique codifiées depuis longtemps en ce qui concerne les crimes d’abus sur les enfants ».

Oui, « depuis longtemps ». C’est clair, Mgr Fellay. Alors, que trouverez-vous encore comme prétexte pour essayer de justifier vos lâchetés, fustigées par Benoît XVI?

Procès de l’abbé A.: du neuf

L’audience d’appel du procès de l’abbé A. a été fixée au mardi 17 janvier 2017. Le jugement devrait ensuite être mis en délibéré et on attendra sans doute plusieurs mois avant qu’il soit prononcé.

Saisissons cette occasion pour donner quelques informations supplémentaires:

– Il y a quelques mois, l’abbé Thouvenot, secrétaire général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) a rendu une étrange visite aux parents d’un des enfants qui accusent l’abbé A. [mention censurée par la FSSPX]. Oui, étrange parce que, quand quelqu’un vous reçoit sous son toit, le strict minimum est de ne pas l’insulter. Or l’abbé Thouvenot n’a rien trouvé de mieux que de dire à ses hôtes que Mgr Fellay ne croit pas les accusations des enfants contre l’abbé A. [mention censurée par la FSSPX]. Autrement dit, le secrétaire général et le supérieur général de la FSSPX, non contents d’aider de toutes leurs forces l’abbé A. [mention censurée par la FSSPX], viennent maintenant insulter une famille de victimes sous son propre toit. Toutes les bornes sont franchies et, si cela s’était passé chez nous, nous n’aurions pas hésité à mettre à la porte ce fieffé arrogant ensoutané, à grands coups de pieds au derrière. Il y a des limites à l’indécence!

– Comme Mgr Fellay souffre visiblement de pertes de mémoire, nous allons lui rafraîchir les souvenirs: le 3 avril 2012, dans une lettre aux parents d’autres enfants accusateurs de l’abbé A. [mention censurée par la FSSPX], il écrivait ceci: « Qu’il soit prêtre et ait pu accomplir des actes aussi ignobles sur des enfants nous remplit de honte et de confusion… et ne peut que lui interdire à l’avenir d’exercer tout apostolat ». C’est clair, non? Comme on le voit, peu après les faits la culpabilité de l’abbé A. [mention censurée par la FSSPX] était acceptée par Mgr Fellay comme un fait qui ne souffrait même pas discussion. Et ceci: « L’aspect clinique n’est pas à négliger non plus car il apparaît clairement que nous avons affaire à un malade ». Et encore: « Je voudrais vous écrire à propos des terribles événements qui ont si profondément blessé vos enfants. Les mois passent et (…) quelques mots ne sauraient effacer le mal causé ». Est-ce assez, Mgr Fellay? Retrouvez-vous la mémoire à présent ou faudra-t-il publier un facsimilé de toute la lettre?

– Autre problème, il faudrait que Menzingen nous explique comment il se fait que l’abbé A. [mention censurée par la FSSPX] passe une bonne partie de son temps dans son chalet, seul, hors de tout contrôle. Dans cette lettre du 3 avril 2012 que nous venons de citer, Mgr Fellay jurait en effet aux parents que ce prêtre était étroitement surveillé: « Je m’emploie à garder l’abbé A. [mention censurée par la FSSPX] en dehors de tout apostolat, sous le contrôle strict de ses parents et aussi des autorités civiles ». Seul dans son chalet en pleine montagne, pendant que ses parents sont à Fully, dans la vallée?… De qui se moque Mgr Fellay? À vrai dire, depuis les « mesures très strictes » prétendument prises contre l’abbé P. [mention censurée par la FSSPX], on sait ce que valent les contrôles « stricts » de Menzingen. Et puis, de qui se moque aussi l’abbé Philippe Lovey, lui qui est censé monter sourcilleusement la garde autour de son neveu mais qui le laisse passer de longues périodes seul à son chalet? Si la police cantonale ouvrait une enquête au sujet de l’oncle ou au sujet du supérieur général, nous ne serions pas surpris. Quant au contrôle des autorités civiles sur l’abbé A. [mention censurée par la FSSPX], que Mgr Fellay ne s’inquiète pas, nous nous en chargeons.

– Enfin, nous avons corrigé une inexactitude dans notre article original au sujet de l’affaire A. Nous pensions que c’était Mgr Fellay qui avait interdit à l’abbé A. [mention censurée par la FSSPX] d’être en contact avec des enfants pendant 10 ans. En fait, c’est le tribunal « canonique » FSSPX qui a formulé cette mesure, et Mgr Fellay l’a violée déjà deux mois plus tard! Bien sûr, le supérieur général FSSPX a pris pharisaïquement ses précautions, en signalant au supérieur local que l’abbé A. [mention censurée par la FSSPX] ne pouvait pas entrer en contact avec des enfants, mais on peut tout aussi bien imposer à un fermier la présence d’un renard dans son poulailler, tout en lui ordonnant de veiller strictement à ce que le goupil n’approche pas des volailles. En outre, ce que le tribunal avait décrété était précisément ceci: l’abbé A. [mention censurée par la FSSPX] devrait, pendant 10 ans, être placé dans des postes qui le préserveraient de toute promiscuité avec des enfants et des adolescents. Or l’affectation d’un prêtre à un poste relève du supérieur général, et c’est en effet Mgr Fellay qui a nommé l’abbé A. [mention censurée par la FSSPX] à Bruxelles, sous le même toit qu’un pensionnat. Cette ordure mitrée a donc foulé aux pieds l’ordre d’un tribunal pour mettre volontairement en danger des enfants, et nous ne doutons pas qu’il soit un jour jugé pour ce double méfait: mépris de la justice et mise en danger volontaire de mineurs.

Par-dessus le marché, il est inimaginable que Rome donne des mandats de jugement à un individu aussi ignoble, qui foule aux pieds et viole délibérément un jugement de tribunal à peine 2 mois après qu’il a été prononcé. Là aussi, les choses vont changer, Menzingen peut nous faire confiance.