L’Affaire Carlos Urrutigoity (IV)

(3ème partie ici)

Cette partie traite du retour de l’abbé Urrutigoity en Amérique du Sud

Au printemps 2005, la suppression de la SSJ étant confirmée, des rumeurs circulèrent selon lesquelles Fr. U et consorts se préparaient à vendre la propriété de Shohola et à retourner en Argentine. Comme pour confirmer ces craintes, Ensey et Urrutigoity avaient disparu de la circulation. Mgr Martino fit savoir que, si les SSJ se transféraient en Amérique du Sud, il informerait le nonce et l’ordinaire du lieu de leur lourd passé à Scranton et ne mâcherait pas ses mots. Mais Urrutigoity et Ensey étaient d’une arrogance peu commune et, en juin 2005, ils osèrent demander à Martino leur excardination, pour se faire réincardiner à Ciudad del Este, au Paraguay. Martino refusa sèchement. Il tenait à les garder sous son contrôle. Qu’à cela ne tienne, les deux compères partirent au Paraguay sans sa permission et recréèrent là-bas la congrégation Saint-Jean. Vers la fin de l’année, Mgr Rogelio Livieres Plano, évêque de Ciudad del Este, affichait son soutien aux SSJ en célébrant la messe chez eux. Furieux, l’avocat de John écrivit au nonce à Asunción pour l’alerter et lui signaler que cette transplantation était illégitime, l’évêque de Scranton n’ayant pas donné son accord à l’excardination. Le nonce le rassura : Mgr Livieres avait renvoyé Fr. U et sa suite et « il ne reste aucune trace de la présence de la Society of Saint John au Paraguay ». Naïveté ou mensonge ? En tout cas, dès septembre suivant, Mgr Livieres Plano annonçait aux bienfaiteurs de la SSJ qu’il avait établi cette dernière dans son diocèse et qu’il allait même travailler à lui obtenir le statut de société de vie apostolique. Peu scrupuleux, l’évêque passait soigneusement sous silence la suppression canonique de la SSJ en 2004. Dans son propre bulletin d’information quelques semaines plus tard, la Society of Saint John allait plus loin : à l’en croire, le but ultime de Mgr Livieres était d’obtenir à cette fraternité un statut de droit pontifical. Pour un évêque qui avait « braconné » des prêtres encore incardinés dans un autre diocèse, ça ne manquait pas de culot. Mais l’abbé Urrutigoity avait trouvé une proie aussi malléable que l’avait été Mgr Timlin, et il n’avait pas de raison de s’arrêter en si bon chemin. Il réussit à se faire confier les rênes du séminaire diocésain (combien de séminaristes à nouveau molestés ?…) et – anticipons – en 2014 il allait même devenir vicaire général, c’est-à-dire n°2 du diocèse.

Retour en 2007 : face à la situation, Mgr Martino tint sa promesse de révéler à son confrère la vérité sur les années de Fr. U à Scranton. En janvier 2007, il lui adressa en garde sévère : « Je vous avertis solennellement et dans les termes les plus forts (…), [l’abbé Urrutigoity] aura dans votre diocèse une influence délétère », puis il ajouta que, si Mgr Livieres lui renvoyait une lettre légalisée attestant qu’il avait bien reçu cette mise en garde, il accepterait d’excardiner l’Argentin. Mgr Martino ne reçut jamais de réponse.

Le scandale n’allait pas tarder à éclater : au cours de l’été 2008, des diocésains de Ciudad del Este s’émurent de l’accueil de cette fraternité sulfureuse et interpellèrent leur évêque. Mgr Livieres répondit dans le même registre que Mgr Timlin l’avait fait, en soulignant qu’Urrutigoity n’avait jamais été condamné : « Je n’ai jamais caché ni protégé qui que ce soit qui ait été condamné pour un crime ». Parallèlement, l’évêque évitait soigneusement de dire qu’il avait été amplement informé et même solennellement mis en garde au sujet du passé de la congrégation Saint-Jean. Jouer à ses diocésains le vieil air de la « campagne de dénigrement » et de la « calomnie » relevait donc de la désinformation grossière. Les autres arguments avancés par Mgr Livieres étaient largement étrangers au problème : ils revenaient à dire que la SSJ avait été recommandée par plusieurs cardinaux de curie. Il faut savoir que, depuis l’arrivée de Mgr Martino en 2003, ce dernier et Fr. U s’étaient livré une rude concurrence pour obtenir l’oreille des dicastères romains. La famille Urrutigoity ayant des relations haut placées, Mme accompagna plusieurs fois son fils Carlos au Vatican pour appuyer son lobbying. Carlos présenta trompeusement le conflit comme une attaque contre le traditionalisme et obtint ainsi, au fil des ans, l’oreille des cardinaux Rodé, Arinze et Ratzinger. En juillet 2007, Mgr Timlin avait même écrit une lettre de louange en faveur de la SSJ, lettre évidemment exploitée à fond par l’abbé Urrutigoity auprès de plusieurs congrégations de la curie romaine. Pendant ce temps, Mgr Martino multipliait les courriers aux mêmes congrégations et se rendait plusieurs fois à Rome, pour contrer la désinformation de l’Argentin : non, il n’était pas un progressiste enragé qui aurait juré la perte des traditionalistes, et sa querelle avec la SSJ portait sur de graves abus, pas sur la liturgie ni l’interprétation de Vatican II.

En août 2009, Mgr Martino démissionna de façon inattendue, à 63 ans à peine (la limite canonique est à 75 ans). Les raisons de cet étrange retrait n’ont jamais été élucidées. Mgr Livieres avait le champ libre, d’autant plus qu’il bénéficiait du soutien du pape Ratzinger. Avec son abdication en 2013 et l’élection du cardinal Bergoglio, la situation allait changer.

La nomination de Mgr Livieres comme évêque de Ciudad del Este en 2004 avait été mal accueillie. Conservateur, il avait resserré la discipline dans le diocèse et fondé un séminaire très classique, aux antipodes du séminaire national d’Asunción. Le catholicisme paraguayen étant plutôt progressiste, voire marqué par la théologie de la libération, des oppositions s’étaient immédiatement manifestées, à la fois à l’intérieur du diocèse et dans la conférence épiscopale. Ces oppositions refirent surface après l’élection de François Ier. La protection que Mgr Livieres accordait à la Society of Saint John était son talon d’Achille et servit largement de prétexte à la relance de la campagne contre lui. Mgr Livieres, au lieu de prendre ses responsabilités en rompant avec cette fraternité aux mœurs dissolues, tomba dans le piège en se disant victime d’un complot progressiste. Dans cette affaire, les opposants de Mgr Livieres tout comme ce dernier prirent en fait en otage la cause des victimes d’abus sexuels. Dans ces questions-là, il faut refuser tout débat idéologique et prendre fait et cause pour les victimes en éliminant sans pitié les abuseurs. Malheureusement, ce fut tout le contraire : d’une part le camp progressiste instrumentalisa ces affaires d’abus pour abattre un évêque néo-traditionaliste, et d’autre part ce dernier s’entêta scandaleusement en maintenant jusqu’au bout sa protection à une bande de prédateurs. Au milieu de ce gâchis, on a du mal à trouver la maxime « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice ».

Bref, en septembre 2014 Mgr Livieres fut destitué par le pape François. Dans le monde entier, beaucoup de traditionalistes et de philotraditionalistes tombèrent dans le piège en prenant parti sans nuance pour Mgr Livieres. Le vaticaniste Sandro Magister reproduisit intégralement le texte d’autojustification de l’évêque paraguayen sous couleur de « donner la parole à la défense ».

Bien sûr, il est normal d’écouter le point de vue de l’accusé mais il était scandaleux de ne trouver sous la plume de Magister aucune remarque critique, aucune distanciation par rapport au scandale Urrutigoity. L’auteur traditionaliste français Yves Daoudal publia sur son blog un article encore pire, qui, également sous couleur de donner le point de vue de l’accusé, ne mentionnait même pas l’affaire Urrutigoity ! Quand la censure flirte avec le mensonge par omission… Le blog anglo-saxon Rorate Caeli fut plus équilibré : tout en dénonçant le règlement de comptes idéologique derrière la déposition de Livieres, il reconnut honnêtement que ce dernier, avec tout le mérite qu’on pouvait lui reconnaître pour la retraditionalisation de son diocèse, s’était mis gravement dans son tort en couvrant les abus innommables de la congrégation Saint-Jean (il faut ajouter que, pendant ses années au Paraguay, Fr. U a encore fait l’objet d’au moins une plainte). Mgr Livieres, disait Rorate Caeli, avait ainsi cherché un bâton pour se faire battre.

On se réjouit de voir que les administrateurs de Rorate Caeli sont parmi les rares à comprendre le problème quand ils reprochent à de nombreuses publications traditionalistes de se scandaliser de la destitution de Mgr Livieres Plano. Le blog anglo-saxon explique que, si on critique la décadence des mœurs chez les progressistes, il faut a fortiori ne pas la tolérer chez soi. Dans le cas contraire, il ne faut pas être surpris des conséquences. La leçon est excellente et courageuse… mais Rorate ne va pas jusqu’au bout. En effet, il présente uniquement le bon côté de l’action de la FSSPX dans l’affaire Urrutigoity: la lettre de Mgr Fellay de février 1999. Et il passe complètement sous silence les négligences et imprudences délibérées commises par cette même fraternité, qui est d’abord et avant tout coupable d’avoir donné le sacerdoce à un individu qu’elle considérait elle-même comme très suspect. La sincérité de Rorate Caeli a donc ses limites et, comme dans le cas du Forum catholique on constate que chacun protège au final sa propre « chapelle ».

Il est probable que le pape ait « coupé la tête » à Mgr Livieres à cause de son conservatisme, de son attachement à la liturgie traditionnelle, de la « concurrence » que son séminaire faisait aux séminaires argentins et de son appartenance à l’Opus Dei. Il est très plausible que François ait saisi l’occasion de régler avec son compatriote (feu Mgr Livieres + était Argentin) des comptes qui dataient de ses années à Buenos Aires, où les deux hommes avaient des orientations très opposées. Si le pape s’en était réellement pris à Livieres à cause des scandales sexuels d’Urrutigoity, il aurait aussi sanctionné les autres évêques coupables d’avoir protégé le prédateur. Or il n’a pris aucune mesure contre Mgr Williamson, dont l’excommunication était levée depuis février 2009 et qui aurait pu être resanctionné, ni contre Mgr Timlin. Ce dernier, protecteur impénitent de pédophiles, est certes retraité mais il continue à exercer un ministère, en particulier pour la Fraternité Saint-Pierre. Encore au printemps 2016, il a conféré des confirmations à la FSSP : http://saintmichaelsrcc.org/fssp/1679/confirmations-2016/. Bref, comme à son habitude le pape François semble bien avoir pris prétexte d’une situation où un évêque traditionalisant s’était mis dans son tort, pour l’abattre pour des raisons idéologiques inavouées.

Le plus scandaleux est que le Souverain Pontife n’a pris aucune sanction contre Urrutigoity lui-même. Si l’affaire Livieres s’était inscrite dans une lutte contre les abus sexuels, le pape s’en serait évidemment pris par-dessus tout à l’abuseur lui-même. Or le Saint Siège a simplement exigé que Fr. U fût destitué de sa charge de vicaire général du diocèse de Ciudad del Este. Cette mesure cosmétique ne réglait rien, puisque l’abbé Urrutigoity pouvait (et peut encore à ce jour) continuer à conférer tous les sacrements et exercer un ministère pastoral complet. Si l’abbé Ensey a finalement été réduit à l’état laïc en 2014, en revanche aucune – strictement aucune – sanction canonique n’a été prise contre Urrutigoity. Non seulement le pape aurait pu ouvrir à l’encontre de Fr. U un procès en réduction à l’état laïc mais il aurait pu décréter une telle réduction par sa propre autorité. En effet, le Souverain Pontife possède un pouvoir de juridiction directe sur tous les catholiques. Le pape François, qui, avec l’humilité ostentatoire qu’on lui connaît, se vante de se tenir personnellement au courant, de régler personnellement les problèmes, d’intervenir personnellement partout, ne s’était pas privé d’user de ces pouvoirs directs pour démettre Mgr Livieres. A fortiori, il aurait pu en user pour réduire l’abuseur à l’état laïc. En ne le faisant pas, il a montré non pas qu’il néglige mais qu’il refuse de mettre Fr. U hors d’état de nuire. Il continue ainsi, délibérément, à mettre en danger des centaines d’adolescents partout où passe Carlos Urrutigoity. Voilà la réalité crue, derrière la façade des discours du pape Bergoglio sur « la tolérance zéro ».

L’affaire Urrutigoity ne fait plus la une mais l’intéressé n’est pas hors d’état de nuire pour autant. Tout d’abord, si on en croit le wiki Messe Monde, la Society of Saint John, théoriquement supprimée, exerce encore et toujours impunément aujourd’hui, en novembre 2016, un apostolat à Ciudad del Este: http://messemonde.free.fr/Wikini/wakka.php?wiki=ParaguaY. Ensuite, grâce à la complicité de son compatriote le pape, Fr. U personnellement exerce encore et toujours un ministère… dans son pays, tout simplement, comme si de rien n’était. Depuis 2015, le psychopathe Urrutigoity est de retour dans sa région d’origine, la province de Mendoza. La presse paraguayenne l’a révélé, la presse argentine l’a confirmé et s’en est émue à plusieurs reprises en cette année 2016

Le lieu exact de la province de Mendoza où se cache Fr. U n’est pas clair mais il est probable que ce soit à l’Institut du Verbe incarné, dans le diocèse de San Rafael. En tout état de cause, au contraire des journalistes européens qui tressent au pape François des couronnes de fleurs sans une once d’esprit critique, les rédacteurs argentins osent dénoncer le Souverain Pontife régnant, fût-il leur compatriote : comme nous, la presse argentine dénonce le fait qu’il brasse du vent au sujet de la pédophilie dans le clergé mais qu’il évite soigneusement d’agir. À lire, cet article qui ne mâche pas ses mots et dénonce le double jeu du pape François.

Comme on le voit, l’indignation est vive au pays du pape, mais François se garde bien de bouger le petit doigt. Soulignons-le donc fortement : l’affaire Urrutigoity n’appartient pas au passé, elle est encore bien actuelle. « Grâce » au pape François. Quand cette complicité s’arrêtera-t-elle ?!… Il ne se passe pas une semaine sans que la presse nous abreuve de nouveaux scandales sexuels dans l’Église et, chaque fois, la hiérarchie nous assure qu’ « on a compris », que « les erreurs du passé ne se répéteront pas », que « désormais les méthodes ont changé et que ces tristes épisodes appartiennent au passé ». Baratin, baratin… Comme le montre l’existence toujours actuelle de l’affaire Urrutigoity et comme l’explique en détail la presse argentine dans les articles ci-dessus, rien ne change – et il n’y a pas de raison que quoi que ce soit change de sitôt, puisque le pape montre l’exemple en protégeant un prédateur.

Cette complicité de Jorge Mario Bergoglio ne date pas d’hier : pour ceux qui veulent en savoir un peu plus sur son action (ou inaction) vis-à-vis des abus sexuels pendant ses années en Argentine, voici un lien très instructif : en espagnol et en anglais. On y voit que Mgr Bergoglio, qui ne s’est pas privé de pérorer sur tant de sujets de société, n’a jamais évoqué publiquement les abus sexuels dans le clergé et qu’il en a même nié l’existence dans l’Église d’Argentine ! Il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Plus grave encore, quand des victimes se sont adressées à lui, il a refusé de les aider. Et son auxiliaire Mgr Mario Poli, qui avait également envoyé promener une victime… a été nommé par François pour devenir son propre successeur comme archevêque de Buenos Aires. Jorge Mario Bergoglio promeut ainsi quelqu’un qui abandonne à leur sort des victimes de pédophilie. Il est beau, le pape au cœur de père, le pape proche des faibles et des blessés de la vie ! Oubliées, ses propres déclarations annonçant qu’il révoquerait tout évêque complice, voire simplement négligent, en matière d’abus sexuels… Non seulement il ne les destitue pas, mais il les nomme ! La duplicité est à son comble. Et le cas Poli n’est pas unique : on se souvient aussi de l’émotion provoquée en Amérique hispanique par la nomination de Mgr Juan Barros comme évêque d’Osorno (Chili). Mgr Barros a été témoin d’abus sexuels commis par un prêtre condamné canoniquement pour ces faits, et les a couverts : http://ciperchile.cl/2015/02/09/la-carta-enviada-al-vaticano-que-acusa-al-obispo-barros-de-ser-complice-de-karadima/

En apprenant sa nomination, plus de 1300 Chiliens choqués, qui croyaient encore au « show » du « bon pape » François, l’ont supplié de revenir sur sa décision : http://www.soychile.cl/Osorno/Sociedad/2015/02/28/307707/Laicos-de-Osorno-envian-carta-al-Papa-pidiendo-bajar-a-Barros-Nos-preocupa-que-llegue-un-pastor-sin-olor-a-oveja.aspx

En vain, bien entendu : http://internacional.elpais.com/internacional/2015/03/22/actualidad/1427049872_500779.html

« Res, non verba » : ce sont les actes qui comptent, pas les paroles. Encore une fois, nous encourageons nos visiteurs à lire http://www.bishop-accountability.org/Argentina/Abusos/ ou http://www.bishop-accountability.org/Argentina/

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Aux deux extrémités de la «saga» du prédateur Urrutigoity, on trouve la Fraternité Saint-Pie X et le pape François. L’une a, par les graves négligences de ses évêques, laissé un pervers accéder au sacerdoce et l’autre refuse encore actuellement de réparer cette catastrophique erreur en réduisant ce même pervers à l’état laïc. Faut-il s’étonner que ces protecteurs de prédateurs échangent des baisers Lamourette et que l’un soit à deux doigts d’accorder une prélature personnelle à l’autre ? Les pharisiens s’entendent comme larrons en foire. Aux dépens des victimes.


Quelques liens sur l’affaire Urrutigoity :

* Un synopsis, par Public Radio International:
http://www.pri.org/stories/2014-06-03/exclusive-after-us-sex-abuse-scandals-accused-priest-rises-again-paraguay

* Le récit de Jeffrey Bond, avec réponse de la SSJ et du diocèse de Scranton:
http://www.seattlecatholic.com/article_20020130_Harboring_Sexual_Predators_in_Scranton.html

* Une vision argentine:
http://www.mendozapost.com/nota/29505-la-impunidad-de-un-cura-pedofilo-mendocino/

* La recherche la plus fouillée de toutes: l’article de Grant Gallicho, en 8 épisodes:
https://www.commonwealmagazine.org/blog/curious-case-carlos-urrutigoity-i-updated