Quelques vérités sur le Forum catholique

Nous avons parlé des vérités qui dérangent la FSSPX mais il est évident qu’elle n’est pas la seule dans ce cas. Par exemple, le FC (Forum catholique), un forum traditionaliste bien connu dans le monde entier, éprouve quelques difficultés avec la diffusion de la vérité dès lors qu’elle concerne la FSSPX, alors que les mêmes vérités ne lui posent aucun problème quand il s’agit d’autres « chapelles ». C’est ce qu’on appelle de la sincérité par éclipses.

Tout semblait bien parti, le 16 mars 2016, quand on vit sur le FC l’écrivain Denis Sureau réagir à un commentaire plus bête que méchant sur la pédophilie dans l’Eglise de France en affirmant que « la pédophilie n’épargne pas les communautés les plus tradis ». Le modérateur XA laissa dire cette vérité et la confirma même penaudement le lendemain à un lecteur incrédule qui pensait les traditionalistes « totalement épargnés » par le phénomène et demandait qu’on livrât des noms.

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Deux jours plus tard, on a même pu lire sur le FC le témoignage anonyme d’un père qui se plaignait de relations d’emprise et d’agressions sexuelles sur son fils adolescent par un prêtre FSSPX.

Le 2 avril suivant, le lecteur « Aigle » posta un commentaire mettant en cause la responsabilité des évêques dans la « carrière » d’un enième pédophile en col romain.

Le changement enfin ?

Le modérateur du FC laissait publier. Vous pensez bien, tant qu’on tape sur les évêques « conciliaires », ça ne gêne pas le FC.

En revanche, quelques mois plus tôt, en septembre 2015, une certaine Maria-Cecilia, lectrice du même FC, avait connu de graves ennuis avec le même XA pour avoir… simplement signalé notre article sur les abus sexuels subis par Vincent Lambert et s’être dite choquée que l’abuseur, prêtre de la FSSPX, n’ait pas été inquiété. Elle nous a envoyé une copie d’un message de réaction virulent, qui a depuis été détruit par XA, comme le reste de la « discussion ».maria_ceciliaC’est que non seulement tous ses posts ont été effacés (« qu’elle disparaisse à jamais ! ») mais elle s’est fait purement et simplement expulser définitivement du FC. Et ce sans la moindre explication du modérateur (pour cause, puisque son post n’avait rien de répréhensible).

Les posts d’Aigle et de Maria-Cecilia sont assez similaires mais, si on compare la façon dont le FC y a réagi, on a comme l’impression d’une légère contradiction. En termes évangéliques, ça s’appelle « deux poids, deux mesures ». Pour expliquer la passivité des évêques diocésains face aux abuseurs, Aigle évoquait l’hypothèse de la miséricorde mal comprise et celle du « sot corporatisme ». Nous nous permettrons de lui faire remarquer que, si une miséricorde déplacée pourrait peut-être expliquer la passivité et les compromissions dans l’Église « conciliaire » en matière de pédophilie, c’est bien le « sot corporatisme » qui provoque et entretient ce phénomène dans les différentes sociétés traditionalistes. Et c’est ce même corporatisme qui empêche toujours que l’on pose les mêmes questions concernant Mgr Fellay sur le Forum Catholique.

Le 23 mai 2016, lueur d’espoir: XA n’était-il pas en train de se racheter? Face à des contradicteurs, il maintenait haut et fort qu’il ne faut pas étouffer les affaires d’abus sexuels dans l’Église quand les faits sont avérés mais, au contraire, saisir ces scandales médiatiques comme des occasions de faire le ménage dans l’Église et ainsi la purifier. Il assénait même un très viril: « Il faut nettoyer les écuries d’Augias ». FC-23-05-2016 À première vue, on aurait pu se dire: « Tiens, cette fois-ci l’omerta commence peut-être vraiment à tomber ». Les priorités sont bien définies: comme le demande Benoît XVI dans la lettre aux catholiques d’Irlande, le FC ne manifeste plus un souci mal compris de la réputation de l’Église mais se préoccupe d’abord que les coupables soient châtiés et les victimes soignées et dédommagées.

Oui, c’est ce qu’on aurait pu se dire à première vue… mais un petit détail ne cadrait pas: à peine 9 jours plus tôt, le même XA avait censuré purement et simplement un post d’un membre bien connu du forum qui faisait état de la parution du Livre noir de la FSSPX et de l’article de Mediapart à ce sujet. FC-14-05-2016-censureNe cherchez donc pas ce fil de discussion sur le Forum Catholique, il a été supprimé. Mais il a été indexé dans le cache de Google, que XA aura plus de mal à censurer.

Il ne s’agit donc pas d’un accident isolé: de façon pertinace, la direction du FC a choisi son camp, qui est le suivant: « Les vérités sont bonnes à dire quand elles concernent les gens d’autres chapelles mais elle doivent être étouffées quand elles concernant la FSSPX. Et tant pis pour les victimes d’abuseurs sexuels FSSPX: si elles avaient été victimes d’abuseurs d’une autre chapelle, le FC serait venu à leur secours. Dommage donc pour ces victimes ».

Cerise sur le gâteau, XA nous a contactés fin avril 2016, nous demandant de supprimer toute mention le concernant de notre blog. Nous ne faisons pourtant que citer des interventions publiques sur le FC. Alors, s’il a vraiment changé d’avis et pense ce qu’il dit quand il nous écrit que sa position actuelle est qu’il n’y a pas de fumée sans feu, nous l’invitons à faire trois choses: s’excuser auprès de Maria-Cecilia pour son exclusion, corriger le message suivant* qui prétendait que les accusations contre l’abbé P. [mention censurée par la FSSPX] étaient des « rumeurs infondées » et, enfin, publier l’acte de condamnation canonique de ce dernier sur le FC.


*Ce message de XA, ainsi qu’un précédent fil de discussion sur l’abbé P. avaient purement et simplement disparu de l’archive du FC et ne sont réapparus (par erreur?) que récemment. Anticipant un second retrait, nous en avons fait une copie à l’attention de nos lecteurs. fc-2005-05-22-xa

Post Falls: Condamnation à perpétuité de Kevin Sloniker

L’ancien séminariste FSSPX Kevin G. Sloniker, animateur de camps et formateur de servants de messe à Immaculate Conception Church (FSSPX) jusqu’à l’été 2015, a été condamné ce 28 octobre 2016 à perpétuité avec une peine de sureté de 35 ans pour de nombreux viols et agressions sexuelles sur 7 garçons s’étalant sur une période de dix ans.

http://www.spokesman.com/stories/2016/oct/28/trucker-who-molested-boys-from-his-church-will-spe/

http://www.nwcn.com/news/local/kootenai-county/n-idaho-trucker-sentenced-to-life-in-prison-for-sexually-abusing-underage-boys/343963190

Notons que la loi de l’État d’Idaho oblige, comme en France, toute personne ayant connaissance d’un crime à le dénoncer aux autorités. Les prêtres FSSPX concernés ont tous été mutés dans d’autres États américains mais les extraditions internes aux USA sont une simple formalité. Par ailleurs, ils pourraient être également mis en cause par la justice pour mise en danger d’enfants, sans compter leur supérieur de district et le supérieur général FSSPX. On peut donc supposer que les ennuis judiciaires de la FSSPX ne sont pas terminés avec cette condamnation.


PS: Kevin Sloniker n’a pas seulement été autorisé par la FSSPX à être moniteur dans des camps, il formait aussi des acolytes dans le cadre de l’Archiconfrérie de Saint Étienne. Sans commentaire… Là aussi, la responsabilité de la FSSPX est mise en cause et les ennuis ne sont sans doute pas terminés pour elle.

Pédophilie dans la FSSPX : faites confiance au prêtre

Décidément, la presse allemande s’intéresse aux affaires sordides de la FSSPX. Un article détonant d’Annette Langer est paru ce dimanche 29 mai 2016 sur le site du Spiegel, Pädophilie in der Piusbruderschaft: Vertraue deinem Priester. Il aborde entre autres le cas de deux prêtres FSSPX jugés pour pédophilie. Ci-dessous une traduction en français, avec quelques annotations éditoriales.

Pédophilie dans la Fraternité Saint-Pie X : faites confiance au prêtre

Par Annette Langer

On sait peu de choses sur les délits sexuels dans les rangs de l’ultra-conservatrice Fraternité Saint-Pie X. SPIEGEL ONLINE s’est entretenu avec des victimes et parents. Leur expérience des « réformes » de l’Eglise est bouleversante.

La FSSPX fait beaucoup pour se démarquer des catholiques mainstream, supposés modernistes. Mais il est un domaine où les traditionalistes et les dignitaires officiels de l’Eglise se ressemblent étonnamment : le traitement des abus sexuels.

« Je dois lui pardonner », dit Joey*, aujourd’hui 13 ans, en parlant d’un prêtre qui l’a tripoté sous la couette dans le dortoir d’un pensionnat bruxellois. Il faisait des “choses sales” avec lui, ça le perturbait beaucoup, des choses qu’un adulte ne peut pas faire avec un enfant. Il le faisait s’agenouiller devant lui, le punissait et l’humiliait. C’est ce que le garçon avait rapporté à ses parents et sa fratrie.

“Pardonner ? Non, c’est prématuré” dit la mère de Joey en pinçant les lèvres, “parce que ce prêtre ne regrette rien du tout.” L’affaire est arrivée aux oreilles de parents, suite à de premières agressions sexuelles sur Joey, âgé alors de 7 ans, son frère Luke* de quatre ans son aîné, et au moins un autre élève du pensionnat de la Fraternité Saint-Pie X, Michaël* 8 ans. C’était en 2010, c’est-à-dire à un moment où l’Eglise était secouée au tréfonds dans le monde entier par des scandales d’abus sexuels.

On dit du prêtre de Bruxelles qu’il a même apporté des changements “architecturaux” au pensionnat, pour pouvoir approcher les enfants sans être vu. Des parents rapportent qu’il a fait murer un accès par où les enfants autrefois fuyaient ses avances et allaient s’enfermer dans une petite salle de bain.

A son procès au tribunal pénal à Bruxelles, le suspect s’est défendu de toute accusation d’abus systématique et planifié. Si vraiment quelque chose s’était passé, il devait s’agir d’un état de “sexsomnie”, a-t-il dit. Autrement dit, inconsciemment, en somnambule, et sans contrôle de lui-même.

Il est connu que quelques agresseurs invoquent en justice ce genre de troubles du sommeil afin de plaider l’irresponsabilité en droit. Le show du prêtre était bien étudié et mis en scène, selon les intéressés. “Il est arrivé et s’est comporté comme si c’était lui la victime” se rappelle la mère de Joey et Luke, “il a passé son temps à pleurer et à gémir.”

“Ne dis pas de mal d’un prêtre”

Mais les gémissements n’auraient finalement pas été nécessaires, vu que l’homme a été acquitté par faute de preuve en mai 2015. “Au procès, son avocat a traité mon fils de menteur” s’indigne la mère de Michaël, plaignante. Pour cette traditionaliste convaincue, la confrontation avec l’abus a aussi été un processus de désillusionnement.

“Dans la Fraternité on apprend le respect dû aux prêtres”, dit-elle. “Ne dis jamais de mal d’un prêtre, fais-lui confiance, montre-lui du respect.” Il lui aura fallu beaucoup de temps pour ouvrir les yeux : “j’étais comme une enfant, qui fait confiance à ses parents. Elle ne s’attend aucunement à ce qu’ils veuillent lui faire du mal. On forme une grande famille.” Aujourd’hui, la requérante ne demande qu’une chose : “empêcher que ce prêtre travaille à nouveau avec des enfants.”

Peu de temps après l’annonce des faits, son fils Michaël avait fait une déclaration filmée à la police, où il soulevait des faits concrets et punissables. Mais Joey et Luke ont dû attendre une demi-année pour obtenir un rendez-vous et faire leur déclaration. Conséquence : les deux ont refoulé ce qui était arrivé.

“Le moment venu, ils n’ont plus rien dit qui soit admissible en droit” se souvient la mère. “Joey a tout nié, Luke a seulement parlé de Joey et Michaël mais rien de sa propre expérience des abus.” Une réaction tout à fait compréhensible pour les experts en traumatologie. Mais aussi un désastre pour ceux qui voulaient voir ce prêtre derrière les barreaux.

Les conséquences psychologiques étaient évidentes. Pendant des mois, Joey s’enveloppait la nuit sous plusieurs draps par peur des agressions. Les problèmes s’accumulaient à l’école. Luke écrivait de plus en plus petit, il faisait des cauchemars et a commencé à s’armer de pistolets ou d’épées en plastique, en bref tout ce qui pouvait servir à se protéger.

Luke raconte que, à une occasion, le prêtre serait venu le soir au dortoir, il aurait tout simplement mis son petit frère sur son épaule, et l’aurait emporté. Ils auraient tous les deux disparu dans le bureau du prêtre et jusqu’à présent personne ne sait ce qui s’y est passé. Joey lui-même a seulement déclaré : “Rien. C’est un secret entre l’abbé et moi. J’ai eu la permission de manger du chocolat.”

Les victimes n’ont aucune chance

Fournir la preuve d’un abus est compliqué. Le silence et la fausse solidarité des responsables avec les auteurs, voire l’étouffement actif, ne laissent habituellement aucune chance aux victimes. Parce que l’expérience montre que les victimes sont confrontées à de longues années de lutte avant d’arriver à parler, il est parfois difficile de trouver des témoins ou bien leurs souvenirs leur font défaut.

Quand Joey,  en désespoir de cause, s’est adressé à une soeur du pensionnat pour lui parler des agressions sexuelles, elle n’a pas réagi. “Je suis dure d’oreille, j’entends tellement mal” a-t-elle répondu à une demande de la mère. Et celle-ci de se demander aujourd’hui : “Qui sait combien de victimes il y a encore ?” Elle s’était déjà plainte en 2010 au supérieur du district du Benelux de l’époque [ndlr l’abbé Benoît Walliez], parce que ce prêtre offrait des cadeaux coûteux à son fils et qu’elle avait déjà des soupçons. Le supérieur a promis de s’en occuper … et n’a rien fait.

Quand les allégations sont devenues bien concrètes, la Fraternité a suspendu le prêtre. Les parents ont déposé plainte. Après l’acquittement en première instance, un procès en appel est actuellement en cours. Les parents ont décidé de ne pas soumettre leurs enfants à de nouveaux interrogatoires.

Dans ce cas-ci, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X a réagi dans les 24 heures, a suspendu l’intéressé et l’a immédiatement remis aux autorités civiles. En même temps, le cas a été signalé à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi à Rome”, déclare la Fraternité dans une réponse écrite aux questions du SPIEGEL ONLINE. [ndlr: nous mettons ici les déclarations FSSPX en italique]

Pourtant, la réaction s’est fait attendre : le prêtre accusé était connu depuis des années comme risque potentiel. En 2005 déjà, il avait fait l’objet dans son pays d’origine, la Suisse, d’un procès canonique pour pédophilie et il avait été acquitté en 2006 par faute de preuve. Le prêtre aurait exercé depuis lors un “apostolat limité et surveillé” nous écrit la Fraternité Saint-Pie X. Il a cependant été nommé peu après au pensionnat de Bruxelles et a pris en charge la surveillance nocturne des pensionnaires de l’école primaire.

A cause de ses vues radicales, la FSSPX n’a plus de statut canonique depuis 1975 et n’est dès lors pas une organisation catholique romaine. Avec pour conséquence que leurs ordinations sacerdotales et épiscopales ne sont pas autorisées par Rome et que leur ministère et leur administration des sacrements sont illégitimes. Mais, de façon absurde, l’Eglise officielle traite avec les traditionalistes de façon normale quand il s’agit de « delicta graviora », les cas d’abus.

En mai 2015, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF) a donné mandat au supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, Bernard Fellay, pour juger en interne les abuseurs, y compris donc ceux ci-mentionnés.

La main protectrice du supérieur général

“De cette façon, on encourage le manque de transparence, la dissimulation et le copinage” s’exclame Simon P. originaire d’une famille nombreuse traditionaliste de vieille souche et lui-même victime d’un prêtre. “Un prêtre de la FSSPX m’a agressé sexuellement en 1989 dans un camp scout et a essayé de me violer”, rapporte P. Il raconte qu’il avait onze ans quand ce prêtre le poursuivait constamment et que ça aurait duré un an. “Le supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, Bernard Fellay, a protégé ce prêtre presque 20 ans”, selon ses accusations.

P. a fréquenté deux pensionnats en France, il a bu les principes des intégristes au biberon. Il a fait partie du microcosme fondamentaliste dans lequel tout le monde connaît tout le monde et les réseaux sont fiables et discrets. Son cas laisse deviner comme il a dû être dévastateur pour un adolescent que la moitié de sa famille s’évertue à coller aux idéaux de ce milieu fraternitaire fermé bien que cette structure ait précisément permis ces abus.

Déjà en 1991, de ses propres dires, P. a écrit une lettre au supérieur général de l’époque [ndlr Franz Schmidberger] dans laquelle il l’avertissait au sujet du prêtre en question. Mais malgré le fait que le nombre d’allégations allait grandissant, il ne se passa rien.

Bien des années plus tard, en juillet 2008, le supérieur général Bernard Fellay réagit finalement aux accusations de P. dans une lettre que SPIEGEL ONLINE a pu consulter. Il y déclare qu’il a transmis l’enquête à son assistant Niklaus Pfluger. Il assure également que “le suspect a depuis longtemps été écarté du travail avec les enfants et je ne crois pas qu’il y ait eu d’autres cas.

En effet, le suspect d’abus a pu travailler neuf bonnes années en France avec des scouts mineurs sans être inquiété, de 1993 à 2002, ce que confirme la Fraternité. “L’abbé Laurençon, supérieur de la Fraternité en France depuis 1996, a pris diverses mesures contre lui, de plus en plus restrictives. Ces mesures ont toujours été approuvées par Mgr Fellay, supérieur de la Fraternité depuis 1994” déclare la FSSPX.

La faute grave de notre part

Seulement, les mesures n’ont manifestement pas été efficaces. Le prêtre s’est opposé à l’interdiction de travailler avec des enfants, la décrivant comme injuste. Dans une lettre à l’ex-supérieur général Schmidberger, le prêtre écrit en 2005 : “C’était une faiblesse qui était passagère et que j’ai regrettée de tout mon cœur. Vous m’avez laissé reprendre l’apostolat et j’ai montré mes capacités, en différents lieux, à la satisfaction de tous.”

Dans cette lettre, le prêtre essaie de se montrer sous un jour favorable, nous écrit la Fraternité dans son communiqué. “Il balaie la question de l’apostolat limité.” Il est vrai qu’il avait contourné de façon répétée les restrictions imposées à son ministère. “Il soulignait souvent le comportement de ses supérieurs et se considérait comme la victime notoire de leurs machinations.

La faute grave de notre part fut de ne pas avoir appliqué l’interdiction” a dit l’enquêteur FSSPX [ndlr Niklaus Pfluger] en 2008 dans un entretien avec la victime d’abus P., dont SPIEGEL ONLINE possède une copie audio.

C’est seulement en 2012, après la plainte écrite de P. à la CDF, que la Fraternité a ouvert un procès contre le prêtre. Suite à quoi il fut condamné à abandonner ses fonctions. A l’été 2013, il interjetait appel à Rome.

Malheureusement, ce prêtre a rejeté les décisions des autorités canoniques et a quitté la Fraternité Saint-Pie X” dit la déclaration actuelle. L’ancien prêtre FSSPX est devenu membre associé d’une faction dissidente du nom de “Résistance” , dont le rebelle négationniste Williamson fait également partie. “Il exerce son ministère dans l’Ouest de la France”, selon le site web de la faction**.

Les traditionalistes ne sont pas simplement des chrétiens intégristes, beaucoup sont antisémites – on le sait au moins depuis le scandale autour de Williamson. En Italie en 2013, les funérailles du criminel de guerre nazi Erich Priebke ont été célébrées par la FSSPX. Dans la question des réfugiés, ils se positionnent à l’extrême droite, xénophobes et islamophobes. Il est de bon ton d’y critiquer de façon acerbe les positions libérales du pape François.

Jean-Paul II avait poussé ces moutons décidément très noirs dans la zone de hors-jeu, en excommuniant plusieurs de leurs évêques ordonnés sans permission. Mais le pape Benoît XVI avait levé les excommunications en 2009.

La FSSPX reconnue dans le pays du pape

Et François ? Etonnamment, il semble qu’il veuille ramener les archi-conservateurs au bercail. De façon inattendue, le pape a déclarée valide la confession chez les prêtres de la Fraternité, pour la durée de l’année sainte 2015/2016. “J’ai confiance que dans l’avenir proche des solutions soient trouvées pour obtenir la pleine unité avec les prêtres et les supérieurs de la Fraternité”, a déclaré le souverain pontife.

L’ancien supérieur de district d’Allemagne et d’Autriche, Franz Schmidberger, voit déjà venir une “normalisation finale” des relations tendues – une vision d’horreur pour les victimes qui y voient une prime à l’opacité des structures et aux dissimulations.

Alors est-ce que les intégristes pourront être domestiqués par l’inclusion ? Début avril, François a reçu personnellement le supérieur général Bernard Fellay. Pour les observateurs, c’est un indice que la FSSPX pourrait obtenir à plus long terme une prélature personnelle, à l’instar de l’organisation laïque Opus Dei. Ce qui signifierait une reconnaissance canonique mais avec une très grande autonomie pour les intégristes.

En Argentine, pays du pape, la FSSPX a été reconnue en avril 2015 par l’Etat comme membre de l’Eglise catholique. C’est le successeur de François à l’archevêché de Buenos Aires, le cardinal Poli, qui s’y est attelé. On ignore si c’était avec la bénédiction ou bien les vives recommandations du souverain pontife.

*Les noms ont été modifiés par la rédaction pour la protection des intéressés

** Cette page du site cristiadatradicinalista.blogspot.com n’est plus disponible qu’aux visiteurs enregistrés (tiens, y aurait-il des choses à cacher ?) mais nous en avons fait une copie d’écranusml

Réforme n°3658 – 19 mai 2016

L’hebdomadaire protestant Réforme consacre le dossier de ce numéro 3658 à la pédophilie. Parmi les contenus accessibles gratuitement en ligne, il y a une interview du psychiatre Roland Coutanceau, qui tient une consultation spécialisée pour les pédophiles et les victimes d’actes de pédophilie : http://reforme.net/une/societe/ny-a-plus-pedophiles-pretres-enseignants

On notera que le Dr Coutanceau, qui sait a priori de quoi il parle, affirme que les victimes de passages à l’acte sont surtout des garçons de 9 à 13 ans. Voilà de quoi instruire Mgr Fellay, qui, quoique ne connaissant à peu près rien à ces questions, prétend que la plupart des victimes sont des garçons (post) pubères.

L’AVREF publie le Livre Noir de la FSSPX !

Il était annoncé depuis longtemps, Mediapart s’en était procuré une version en avant-première (voir article original, copie), le voilà enfin !

Le Livre Noir de la Fraternité Saint-Pie X est le fruit de plusieurs mois d’enquêtes et de recherches par l’association d’aide aux victimes des dérives de mouvements religieux AVREF: http://avref.fr/fichier/AVREF%20Livre%20Noir%20FSSPX%2012.05.2016.pdf

Que les parents qui ont des enfants dans les écoles et/ou les mouvements de jeunesse de la FSSPX lisent ce Livre Noir et réalisent bien qu’ils confient leur progéniture à des gens sous l’autorité d’un leadership qui n’aura aucun scrupule à étouffer d’éventuels abus sexuels sur leurs têtes blondes, muter le coupable à un autre poste à proximité d’enfants et lui fournir une assistance juridique en cas de plainte, le tout avec l’assurance de leur religieux dévouement.

Deutschlandfunk: Tag für Tag, 28 avril 2016

Une journaliste de la radio publique allemande était présente aux journées annuelles de l’Avref les 16 et 17 avril derniers à Paris. Il y a entre autres été question de dérives sectaires et d’abus sexuels dans la Fraternité Saint-Pie X.

Bettina Kaps nous livre une analyse sobre et factuelle du phénomène de la pédophilie dans l’Eglise de France et la FSSPX (en allemand) : http://podcast-mp3.dradio.de/podcast/2016/04/28/dlf_20160428_0949_97f85c72.mp3

Le scandale pédophile a commencé il y a quelques mois dans le diocèse de Lyon avant de déborder dans toute l’Eglise de France ; il dépasse désormais nos frontières et s’invite à la radio allemande. La miséricorde du pape François envers la FSSPX pourrait s’en trouver contrariée.

Mise à jour du 30 mai 2016 : une traduction française est disponible sur le site du collectif « L’envers du décor », que nous remercions.

L’Affaire Gérentet de Saluneaux et la responsabilité des évêques

Le « père » Guy Gérentet de Saluneaux a été condamné le 12 février 2016 à Lyon pour violences sexuelles sur 8 jeunes filles, entre 1989 et 2000. A cela s’ajoutent d’autres plaintes crédibles qui ont été classées pour prescription.

Le Monde du 1er avril 2016 fournit une couverture partielle mais correcte des allées et venues de cet ancien prêtre traditionaliste, réduit à l’état laïc en 2012 (sous Benoît XVI) : http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/04/01/un-ex-pretre-du-diocese-de-lyon-condamne-recemment-et-discretement-pour-pedophilie_4893999_1653578.html

Encore une affaire qui éclabousse le diocèse de Lyon et le cardinal Barbarin. Et aussi au passage les scouts Saint-Louis et l’école de la Péraudière (école amie FSSPX) où il a été autrefois professeur. En effet, cette condamnation était passée relativement inaperçue et c’est l’association La Parole Libérée qui a fait éclater le scandale.

Cet ancien prêtre, qualifié par Mgr Barbarin de « véritable pervers », vit apparemment dans une réalité parallèle. Il continue en effet à porter la soutane et conçoit à peine la gravité de ses actes. A des journalistes, avec qui il s’est longuement entretenu, il a fait des confidences glaçantes; il a fait des « bêtises » « furtives » avec des petites filles « timides » parce qu’il ne voyait pas les enfants grandir. Si on comprend bien, Guy Gérentet de Saluneaux s’excuse donc de s’en être pris à des filles trop âgées…

Se pose une nouvelle fois la question de la responsabilité des supérieurs, vu que le diocèse de Lyon a été averti à deux reprises au sujet de Guy Gérentet. Et en matière de mutations discrètes, protections et autres « Dieu merci c’est prescrit », le primat des Gaules a malheureusement de la concurrence mitrée dans les sphères traditionalistes, et pas qu’à la FSSPX. Mgr Williamson n’a rien voulu entendre sur les agressions sexuelles du séminariste Carlos Urrutigoity et l’a admis au séminaire de Winona en envoyant promener le directeur du séminaire de la Reja qui avait fait le voyage depuis l’Argentine pour barrer la route à ce dangereux prédateur. La suite, on la connaît. On pourrait aussi reprocher à Mgr Lefebvre d’avoir été au minimum naïf en laissant ce séminariste coupable d’agression homosexuelle accéder à la prêtrise. Quant à Mgr Faure, s’il devait s’avérer que l’abbé Abraham a récidivé sur de jeunes garçons, il devra en répondre vu qu’il est parfaitement informé de plusieurs faits en la matière. On attend aussi toujours qu’il nous dise publiquement ce qu’il pense des antécédants de l’abbé P. (mention censurée par la FSSPX).

 

Le changement enfin ?

Le débat est même lancé sur le Forum Catholique. Le message d’Aigle ci-dessus pose la question de la responsabilité des chefs, en l’occurrence Mgr Barbarin dans l’affaire Gérentet de Saluneaux, avec la bénédiction de Xavier Arnaud (XA), modérateur du forum. On ne peut que se réjouir de ce printemps sur le Forum Catholique. Nous nous permettrons cependant de faire remarquer à Aigle que si une miséricorde déplacée pourrait peut-être expliquer la passivité et les compromissions dans l’Eglise « conciliaire » en matière de pédophilie, c’est bien le « sot corporatisme » qui provoque et entretient ce phénomène dans les différentes sociétés traditionalistes. Et c’est ce même corporatisme qui empêche toujours que l’on pose les mêmes questions concernant Mgr Fellay sur le Forum Catholique.

La Croix 3 mars 2016 : Bien former les séminaristes et accompagner les victimes

Dans La Croix du 3 mars 2016 Céline Hoyeau nous livre une interview de l’abbé Joël Pralong, directeur du séminaire de Sion, infirmier en psychiatrie et auteur d’une série de livres aux éditions des Béatitudes, en particulier pour les adolescents. On n’est pas forcément fan d’ouvrages comme « Être amoureux c’est cool. Aimer ça déchire » mais on ne pourra en tout pas lui reprocher de ne pas prendre ses responsabilités. Ses voisins d’Ecône pourraient en prendre de la graine.

http://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/TRIBUNE-Bien-former-seminaristes-accompagner-victimes-2016-03-03-1200744069

Affaire A. : ouverture du procès en appel, 1er mars 2016

Le quotidien belge La Dernière Heure se fait l’écho de l’ouverture du procès en appel contre l’abbé A. (mention censurée par la FSSPX) : http://www.dhnet.be/actu/faits/un-pretre-juge-pour-pedophilie-a-l-internat-56d48b643570ebb7a8d85d59

L’auteur de cet article est bien sûr libre de croire que nous écrivons des choses déplacées à propos de la Fraternité Saint-Pie X , de l’accusé, ou de son avocat tout aussi déplacé. Il n’en reste pas moins qu’il y a déjà beaucoup d’éléments à charge et qu’on ne serait pas étonné si de nouveaux éléments venaient s’ajouter lors des prochaines audiences.

Der Spiegel 24 mai 2010 : Mgr Fellay parle des homosexuels et des pédophiles

En mai 2010, Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) avait accordé des déclarations au Spiegel, magazine allemand à grand tirage, au sujet de la pédophilie dans l’Église : http://magazin.spiegel.de/EpubDelivery/spiegel/pdf/70569461

Étant donné que sa propre fraternité est elle-­même confrontée à ce problème, ses propos méritent d’être examinés de près. Pour ceux qui ne lisent pas l’allemand, Le Monde s’est fait l’écho de cet entretien : http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/05/21/la­fraternite­saint­pie­x­met­a­l­index­les­homosexuels­pour­lutter­contre­la-pedophilie_1361350_3214.html

Si on résume, Mgr Fellay estime que la première manière de se prémunir contre l’arrivée de pédophiles dans le clergé consiste à identifier les séminaristes homosexuels et à leur refuser les ordres sacrés. Le prélat suisse déclare en effet que les victimes d’abus sexuels dans l’Eglise sont presque exclusivement des garçons (post) pubères, ce qui est faux, et nous avons eu l’occasion de le souligner. Mais retenons essentiellement que le supérieur général de la FSSPX tire argument d’un certain lien entre homosexualité et pédophilie, en soulignant que la grande majorité des actes pédophiles sont de type homo et non hétérosexuel.

On pourrait revenir sur la question de fond, en particulier sur l’instruction du 4 novembre 2005 de la Congrégation pour l’Education catholique « sur les critères de discernement vocationnel au sujet des personnes présentant des tendances homosexuelles en vue de l’admission au séminaire et aux Ordres sacrés » : http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/ccatheduc/documents/rc_con_ccatheduc_doc_20051104_istruzione_fr.html mais, étant donné que ce blog est consacré aux questions de pédophilie, nous nous concentrons plutôt sur le point suivant: Mgr Fellay ne serait-­il pas bien inspiré d’examiner les actes de sa propre fraternité sur cette question de l’homosexualité et de la pédophilie ? Nous faisons ici allusion à l’affaire Urrutigoity, du nom de ce prêtre argentin qui traîne derrière lui des accusations de pédophilie partout où il passe.

Cette affaire fait couler des flots d’encre partout dans le monde depuis plusieurs années, et nous avons publié un article à ce sujet mais ce qui nous frappe, c’est précisément que l’abbé Carlos Urrutigoity avait été renvoyé du séminaire argentin de la FSSPX pour homosexualité… et qu’ensuite il a pu entrer au séminaire nord-américain de la même FSSPX. Bonjour la cohérence ! Comme, aussi bien à l’intérieur de la FSSPX qu’à l’extérieur une fois qu’il l’a quittée, ce prêtre a fait l’objet d’innombrables accusations crédibles de pédophilie, on se demande si la Fraternité Saint­-Pie X applique ce qu’elle prêche. Où est la politique prônée par Mgr Fellay : refuser les séminaristes homosexuels pour éviter que des pédophiles accèdent au sacerdoce ? Allô, le service des repentances? Comment dit­-on en suisse ­allemand « Medice, cura te ipsum » ?